17th Sep2012

Chronique Canal M – Saison 2012-2013

by Nancy

* Les chroniques pour le Canal M seront désormais diffusées les lundis, à 12h02.

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Et si on revoyait nos priorités ?

 

Dans La Presse du samedi 8 septembre, on pouvait lire, dans le cahier « Enjeux », quelques articles sur la violence extrême en Amérique Centrale. On y apprenait, entre autres, que si  à Montréal, en 2011, 35 personnes ont perdu la vie des suites d’un homicide, on en comptait 7 104 au Honduras. C’est un meurtre toutes les 76 minutes. Sans pause.

Des gens comme vous et moi y meurent chaque jour pour des riens. La pauvreté extrême, les gangs de rues ultraviolentes, la fragilité des institutions, les redoutables cartels de drogues du Mexique qui ont migré vers l’Amérique Centrale et de profondes crises politiques ont transformé l’autrefois paisible et calme continent en morgue.

En lisant les quatre pages les plus tristes et bouleversantes que j’ai lu depuis longtemps, je me suis questionnée sur beaucoup de choses : la répartition des richesses, la corruption, le crime organisé, l’égalité des chances… La fille candide et optimiste devant l’éternelle qui m’habite a eu l’impression de se faire donner un coup de 2X4 dans le front sans s’en attendre… Moi qui vois toujours le monde du côté le plus beau (ou, du moins, qui essaie la majorité du temps), je me rendais compte que le « côté sombre de la force » était plus répandu que je ne le croyais.

Puis, je me suis demandé ce qu’on pouvait faire, ce qui pouvait être changé en fait. Je suis tombée dans l’utopie, bien entendu; chassez le naturel et vous savez ce qu’il fait ! Il me semble, par contre, qu’il y a des priorités qu’on oublie, quand on vit dans un pays où on retrouve de l’eau potable dans sa cuvette de toilette.

Je ne sais pas pour vous, mais il me semble qu’on pourrait revoir nos priorités, collectivement. Qu’avant de penser à comment on pourrait exploiter tel ou tel territoire, à créer de nouvelles frontières, à inventer une nouvelle bombe, il serait peut-être préférable que tout le monde puisse vivre en sécurité, avec un toit, de l’eau, de la nourriture, mettons. Et si on pousse un petit peu plus loin, juste un tout petit peu, on pourrait aussi vouloir que tous aient accès à un médecin et puissent fréquenter l’école. Il me semble que, si ça, juste ça, c’était disponible pour tous, là, après, on pourrait parler d’autre chose.

7 104 personnes sont mortes l’an dernier parce qu’elles sont nées dans le mauvais pays. C’est la seule raison. Si ces 7 104 personnes étaient nées sur l’île de Montréal, 7 069 seraient encore en vie…

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VERSION AUDIO (débutant à 7 min)

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Source image: http://weheartit.com/entry/28513023/via/missmari

23rd Mar2012

Chronique Canal M – La grève à l’intimidation

by Nancy

 

C’est la grève. Je n’apprends rien à personne. Qu’on soit pour, qu’on soit contre, ce n’est pas l’enjeu de cette chronique. En fait, je trouve noble que la population se lève, qu’elle demande à être entendue, qu’elle manifeste son désaccord. Ça montre qu’il y a de l’espoir, que nous ne sommes pas tous endormis, que certains d’entre nous – même les jeunes ô combien irrespectueux qui ne connaissent pas le sens du travail et de l’implication – ont des valeurs et des principes et qu’ils sont prêts au sacrifice pour atteindre leur idéal. Une petite brise fraîche dans un été chaud et humide.

Là où le bas blesse, c’est quand la société, de par ses instances gouvernementales, nous livre un double discours. Je m’explique.

Il y a à peine trois mois, une adolescente se suicidait après avoir souffert d’intimidation. D’un coup, tout le monde s’est insurgé; des statuts Facebook, des vidéos Youtube, des billets de blogs, des reportages télévisuels, un segment à Tout le monde en parle. C’était partout, sur toutes les lèvres, les tribunes, les têtes. Un message : l’intimidation doit cesser. Personne ne remet ce constat en doute.

Trois mois plus tard, des milliers d’étudiants sortent dans les rues pour manifester leur désaccord face à la hausse des frais de scolarité. Les manifestations sont pacifiques, les étudiants ne démontrent pas d’agressivité. Ils occupent des rues, des parcs et dérangent. N’est-ce pas le but d’une manifestation, déranger, justement ?

Les policiers font leur boulot et somment les manifestants de quitter les lieux. Les manifestants refusent et demeurent en place. Devant la non acceptabilité de la situation, le SPVM répond par la bouche de ses grenades. « On leur avait dit de se tasser ». Ben oui…

Dans les écoles, plusieurs élèves se font dire de se tasser, d’arrêter de donner leur opinion dans les cours. S’ils ne le font pas, ils se font pousser dans les casiers, battre dans la cours ou poignarder verbalement. Le gouvernement trouve ça inacceptable.

Des manifestants se font tabasser et reçoivent des grenades. Le gouvernement ne peut pas se prononcer, il n’était pas sur les lieux.

Il n’y a que moi qui ai envie de crier ?

Pour enrayer l’intimidation, cher gouvernement, il faut l’enrayer partout. Pas seulement où ça vous chante.

Je vous laisse sur les mots de Stéphane Laporte, dans La Presse du samedi 10 mars : “Message aux policiers, allez-y mollo avec nos jeunes. Ce ne sont pas des voyous, ce ne sont pas des casseurs, ce sont des intellos dont l’acte le plus violent, posé jusqu’à ce jour, est de danser, en se faisant aller les cheveux, sur du Green Day. Ne vous défoulez pas sur eux.”

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VERSION AUDIO

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Source image : http://files.gestionradioqc.com/news/picture/2012/03/04/20120304MQ680T_460.jpg

02nd Mar2012

Chronique Canal M – Croire au changement

by Nancy

 

En octobre, la journaliste à l’éducation de La Presse, Pascale Breton, m’a demandé de la rencontrer. Elle préparait une série de reportages sur le Nunavik et son système d’éducation. C’est dans l’édition du samedi 25 février que le résultat de ses recherches a été publié.

Comme vous le savez déjà, le Nunavik occupe une place spéciale dans mon cœur et dans mon corps. Oui, dans mon corps. Le Nord a cet effet sur les gens qui y vont, il les habite à leur retour. J’ai le Nord qui me coule dans les veines, des aurores boréales dans les cheveux, des blizzards dans les yeux, le rire de mes élèves dans mes oreilles. Quand Madame Breton a voulu montrer ce qu’était le Nord, je n’ai pas hésité à lui donner des pistes.

Je sais que je suis d’un optimisme qui frise souvent la candeur. En général, quand tout le monde pense que quelque chose va s’auto-détruire, que la fin approche, je décide d’y voir l’espoir. Je suis comme ça. En ce qui concerne les Inuit, c’est la même chose. Certains disent qu’ils sont voués à disparaître, qu’ils sont « bons à rien ». Moi, je crois en eux.

Je ne ferme pas les yeux sur les problèmes sociaux, sur la violence, sur le manque de ressources. J’ai les yeux bien ouverts, j’ai vu des trucs, entendus des histoires, vécus parmi eux. Tout n’est pas rose. Tout n’est pas noir non plus. Il y a de belles histoires au Nunavik, et celles-là, on n’en parle pas assez souvent.

Je rêve du jour où le peuple inuit va nous surprendre, se tenir debout et se prendre en main. Où ils vont être fiers de leur identité et marcher la tête haute. Où on ne fera plus de cahier spécial dans La Presse du samedi pour dénoncer les tragédies mais plutôt pour souligner leurs réussites.

On oublie - ou on ne sait pas - qu’ils sont présentement dans un conflit de valeurs difficilement gérable, pris entre le désir du confort qu’offre la vie de blancs et le besoin de se rattacher aux traditions ancestrales. Certains d’entre eux ont été élevés dans des tentes et des igloos. Ils possèdent maintenant des ordinateurs et surfent sur le web. Bonjour le clash.

On oublie aussi qu’ils sont humains, et que là où il y a homme, il y a hommerie. Je me demande combien d’entre-nous seraient assidus au boulot en recevant des redevances monétaires importantes mensuellement sans avoir à lever le petit doigt. Ce n’est pas parce qu’ils sont inuit, c’est parce qu’ils sont comme vous et moi.

Je crois en eux, peut-être plus que certains d’entre eux, même. J’ai vu ces parents dévoués, ces enfants assidus à l’école, ces gens commencer à avoir des rêves. Il y a, là haut, des gens généreux et d’une gentillesse sans égal, des gens brillants qui pourraient ouvrir n’importe quelle porte. Et je souhaite ardemment qu’un jour, ils nous le mettent dans les dents.

Nallirvaritsi Nunavimiut

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VERSION AUDIO

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