16th Jan2012

Des décibels de trop

by Nancy

 

Je n’ai pas aimé ça quand tu as pris le volant et que tu as décidé de rouler 900 km vers le nord, dans le noir, avec des essuie-glaces qui ne fonctionnent qu’une fois sur huit, dans la pluie. Je n’ai pas aimé ça parce que tu m’as laissée en plan, avec ma robe jaune et mes bottes de caoutchouc et mes cheveux qui n’étaient plus bien coiffés. Je n’ai pas aimé ça parce que je trouvais que 900 km, c’était un peu exagéré. C’était comme une blague, mais sans en être une. Je n’ai pas ri.

Je te revoie encore, si je ferme mes yeux, avec ton porte-voix et la veine de ton cou qui essaie de passer du sou au sur cutané, me criant à trois centimètres de l’oreille que tu ne veux plus avoir froid, que tu ne veux plus porter de bas, que tu ne veux plus jamais voir de mitaines.

Je me souviens m’être dit que tu n’allais pas très bien.

Puis, tu t’en vas dans le plus plus plus froid.

Non, mais.

La prochaine fois, j’aimerais ça que tu laisses le porte-voix de côté. Tu serais plus crédible.

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19th Nov2011

L’amour con c’est con.

by Nancy

 

J’ai décidé de ne pas utiliser mon vocabulaire, de seulement te vomir mes mots fâchés dessus, de salir tes beaux running neufs et de m’arranger pour que tu sentes moins bon. J’ai décidé de crier la bouche fermée parce que je ne veux pas que les autres entendent. Je te trouve con de ne pas m’aimer ou de m’aimer et d’être encore plus con.

J’ai décidé de cracher par terre pour te prouver que je pouvais cracher pour vrai de vrai. Tu as maintenant une référence visuelle de ce que tu recevras la prochaine fois que je vais te dire que je vais te cracher dans la face. Je sais que tu crois que je ne le ferai pas parce que moi moi moi, on sait ben, depuis que je joue avec les mots je ne fais que ça jouer avec, je ne les mets pas en pratique. Tu vas être surpris.

J’ai décidé d’arrêter de t’aimer mais mon plan n’abouti pas, il y a toujours quelque chose qui me ramène à toi comme ton père qui prend son café dans mon quartier ou ton ami – tsé, cet ami-là – qui m’envoie un texto de temps en temps pour prendre de mes nouvelles et me réitérer son offre d’aller prendre une bière. Peux-tu dire à ton père d’aller explorer un autre quartier que j’arrête de t’aimer en paix. Non, mais.

Pour l’ami, je vais m’arranger.

J’ai décidé de ne plus porter le chandail que tu m’as offert et pas seulement parce qu’il est rendu trop usé. Je n’ai pas encore décidé de le découper.

J’ai décidé de ne plus aller là, de ne plus écouter cette chanson-là, de ne plus manger dans ce resto-là, de ne plus danser comme ça en faisant des crêpes parce qu’à chaque fois je me dis que la dernière fois que j’ai fait ça c’était avec toi. Dans le fond, c’est pas vrai, la dernière fois que je l’ai fait c’est la fois d’avant où je me disais la même affaire. Tu vois bien que je tourne en rond.

J’ai décidé de ne plus te répondre quand tu me parles, d’arrêter de rêver à toi, de ne plus te laisser de place dans le lit, de rire quand j’ai le goût de pleurer.

T’aimer, c’est con.

 

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06th Nov2011

T’en rappelles-tu ?

by Nancy

T’en rappelles-tu de la fois où on jouait qu’on avait quatorze ans et qu’on frenchait sur mon divan au lieu de faire des affaires d’adultes-remplis-d’obligations-qui-oublient-que-juste-frencher-c’est-vraiment-l’fun ? T’en rappelles-tu ? Tu me disais que j’étais intelligente pis belle pis surprenante pis toute pis que toi et moi ensemble on était comme toutte avec plein de t. T’en rappelles-tu ? Je riais pour rien mais je ne pouvais pas m’ arrêter parce que ça me fait ça les choses le fun, ça me fait tout le temps rire pas fort. T’aimais ça m’entendre rire allegretto. T’en souviens-tu ? Tu avais plein de choses à me dire pis tu trébuchais dans tes mots, tu voulais trop dire trop vite et moi je te regardais comme quand je regarde un spectacle du Cirque, du bout de mon siège avec les yeux qui prennent toute la place dans mon visage. Tsé là… C’était y’a pas longtemps, on mangeait de la crème de tomates – je faisais semblant d’aimer ça – et tu portais ton chandail vert…

Tu t’en rappelles, là, hein ?

Bon. Ben c’est de cette fois-là dont j’te parle.

Pour rien. Juste parce que j’aime ça me rappeler.

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28th Oct2011

Mon plancher

by Nancy

 

Il fait froid dehors. Ça refroidit mon plancher. J’aimerais ça que mon plancher soit fabriqué avec la peau de ton ventre quand tu dors parce que quand tu dors, ton ventre est chaud. J’aurais jamais besoin d’enfiler mes bas.

27th Oct2011

Torse nu, la cuillère dans le pyrex

by Nancy

Tu mangeais de la croustade aux pommes, pour déjeuner, torse nu, dans ma cuisine. Je trouvais ça beau de te voir manger à même le pyrex. Ton jeans n’était pas attaché, je pouvais deviner le motif sur ton caleçon. Tu m’as demandé si j’avais du lait, j’en avais pas, t’as fait un bruit de bouche qui sonnait comme « bon, ben, c’est pas grave » et t’es allé dans la douche. Pendant ce temps là, j’ai mis ta cuillère dans ma bouche et j’ai eu l’impression de t’embrasser un peu en goûtant ta salive sur le métal froid. J’ai eu envie d’aller te rejoindre mais j’avais trop peur que tu réagisses mal. J’ai pris une autre bouchée de croustade, j’ai inspiré dans ton t-shirt et je t’ai demandé de barrer la porte quand t’allais partir. En route vers l’arrêt d’autobus, je chantais la chanson des Smiths qui joue toujours dans ton auto et qui dit que de mourir à côté de toi c’est don’une manière céleste de mourir.

S’il y avait une formule magique pour transformer ton torse, les Smiths et la croustade aux pommes en couple qui s’aime, je pense que je me la tatouerais dans la face.

 

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12th Oct2011

Tu t’es pris pour Roy Dupuis

by Nancy

 

Elle avait le même nom de famille que Macha, ça t’a charmé parce que tu tripais sur Scoop. L’espace d’un moment, tu t’es pris pour Roy Dupuis même si toi, les rivières, tu t’en sacres. Tu t’es senti mâle et viril parce que dans ses yeux ça disait “prends-moi, beau châtain” et que c’est rare les filles qui mouillent en pensant à un gars châtain. Pas que les gars châtains n’ont pas de talents ou manque de charme, juste parce que ça se dit mal “prends-moi, beau châtain”. Y’a une syllabe de trop. C’est une question de rythme.

Donc, après la lecture optométrique t’es devenu tout excité dans tous les sens du terme parce que tu t’énerves pour rien, t’es un p’tit nerveux. T’aurais voulu que ta barde de 1 jour passe rapidement à une barde de 4 jours et demi pour faire encore plus comme si t’étais lui. À la place, t’as fermé tes yeux.

Les yeux fermés, c’est plus facile de faire semblant.

T’étais certain d’être fort pis toutes les autres choses que les gars aiment être. Tu te sentais comme un bon deal.

C’est juste plate que mon nom ce ne soit pas Macha. J’suis plus cute. Ça s’annule.

 

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06th Oct2011

C’est pas parce que

by Nancy

 

C’est pas parce que je ne saute pas que je ne sais pas comment faire. C’est pas parce que je ne souris pas que j’ai envie de pleurer. C’est pas parce que je préfère la crème glacée au chocolat que je n’aime pas celle aux fraise. C’est pas parce que je ne te regarde pas que je ne te trouves pas beau. C’est juste que tes yeux sont trop petits et que j’arrive pas à voir dedans.

 


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29th Sep2011

Bip-bip-bip

by Nancy

 

J’étais assise sur un tabouret de bois, un tabouret qui ramasse les fesses, sur lequel on ne sait jamais où mettre ses pieds, ni ses mains, ni rien. Il n’y a jamais assez d’espace sur un tabouret.

J’étais assise là à tenter de siroter avec classe mon drink à 8$. Je te cherchais. Avec mes yeux. Avec mes épaules. Avec mes genoux. Mes pieds froids cherchaient la chaleur de ton dessous de cuisse. Surtout qu’ils ne savaient pas où se mettre, là, là.

J’avais mal aux fesses. Mes fesses trop pointues selon ma mère. Mais ma mère, qu’est ce qu’elle en sait.

En croisant mes jambes, j’ai failli tomber. Mais j’suis pas tombée.

Ça allait et ça venait autours de moi mais j’avais le radar setté sur toi. Il tournait et faisait bip sans faire de bip-bip-bip-bip-bip.

T’es arrivé avec ta chemise carreautée pis tes genoux à l’air. La musique a changé, le monde ne bougeait pas plus ou moins vite, on n’était pas dans un film. T’as marché vite. T’as commandé vite. T’as bu vite. T’avais l’air pressé.

J’étais encore sur mon tabouret quand la brune t’as joué dans les cheveux. Tu as arrêté son geste. T’avais l’air de dire « non, fille, c’est pas le moment ». Mais j’entendais pas, j’étais loin.

J’ai croisé mes jambes de l’autre bord. Mon drink était fini.

Tu t’es approché en te grattant la tête. Tu m’as tendu un poing fermé, j’ai ouvert ma main en dessous. La clé est tombée et dans ma tête ç’a fait bang. Tu m’as montré ton dos et t’as marché vers la brune.

En me regardant, t’as mis ta langue dans sa bouche.  J’avais trop mal aux fesses pour avoir mal ailleurs.

 

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