Les freins
C’est l’été. En fait, la chaussée est aussi belle qu’en été, mais ça peut être l’automne ou le printemps ou même l’hiver quand il ne fait pas trop froid et qu’il n’y a pas trop de glace. Il fait soleil et le ciel est de la bonne couleur. La musique fait frissonner la carrosserie de la bagnole; le bonheur est dans la place. Puis, on jette un oeil à l’indicateur de vitesse pour réaliser qu’on roule way over la limite permise. On a un petit gligli dans le ventre, le gligli qui retenti quand le système d’alarme interne demande de calmer ses nerfs. On relève le pied de sur l’accélérateur, on retrouve une vitesse de croisière plus normale. Jusqu’au prochain moment d’évasion.
Quand on rencontre quelqu’un et que les atomes font de leurs mieux pour se crochir mutuellement, on vit un peu le même scénario. Ça va bien, on s’emballe, puis on réalise qu’on s’emballe. Le p’tit gigli. On se calme un peu, se dit de rester zen, de ne pas partir en peur et on ralenti. Jusqu’au prochain moment d’évasion.
Alterner entre l’accélérateur et la pédale de frein. Ou se faire des crampes dans le mollet.
Quand on est rendu à vouloir mettre le pied sur l’accélérateur, c’est que déjà, il y a un bon nombre d’obstacles de franchis. Le candidat a passé à l’inspection préliminaire et ne semble pas avoir de squelettes dans son placard ou tout autre problème d’hygiène. Il a fait la démonstration qu’il connaît les règles du jeu et pose ses pions stratégiquement de manière à garder la colonne des plus bien en chair. Aussi, à la fin d’un baiser, le candidat ne laisse pas plus de fluides sur le visage de sa prétendante que dans le Lac Memphrémagog. Bien sûr, selon les candidats, certaines autres épreuves pourraient être imposées; les études de cas sont écartées ici.
Après l’inspection préliminaire, vient la ronde du piétinage, du “j’y vais ou je n’y vais pas”, du “qu’est-ce qu’il va penser si” et de toute ces autres choses épuisantes. Il texte en premier le matin. 1 point. Il envoie des becs alors qu’il se couche. 1 autre point. Il ne s’est pas mis à courir à la première occasion, ni à la deuxième, ni même à la sixième. Bref, le candidat cumule les points pendant que l’autre parti s’épuise en insécurités ridicules.
Quand vient le temps d’avoir envie de mettre le pied sur l’accélérateur ou, pire, que le pied se met lui-même sur l’accélérateur sans qu’on s’en rende compte, les choses se gâtent. Les accidents sont plus probables et donc, les risques de blessures. En même temps, en gardant perpétuellement le pied sur le frein, on ne va pas bien loin. Et on s’expose à se faire rentrer dedans.
Les freins, l’accélérateur, le cruise control ? Et si on optait pour une combinaison des trois ? N’est-ce pas ça un peu, aussi, la vie ?
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