06th Nov2012

Chronique Canal M – Lettre à Pier-Luc

by Nancy

 

Cher Pier-Luc,

La mort est à la fois juste et injuste. Au final, tout le monde finira par mourir. Par contre, certains d’entre nous partiront vers l’au-delà  – ou le whatever – rapidement, de manière tragique, volontairement ou dans leur sommeil. Et, souvent, l’expression clichée « c’est toujours les meilleurs qui partent les premiers » s’applique trop bien. C’est vrai, pourquoi n’est-ce jamais un violeur d’enfant qui meurt calciné dans un accident de voiture ?

C’est samedi matin que j’ai appris ton départ. Un accident de travail. En fait, je ne comprenais pas trop. J’ai vu passé un drôle de truc sur Facebook et je n’y ai pas cru. J’ai du demander à un de tes anciens collègues, le suppliant d’infirmer ce que j’appréhendais.

Tu es mort le 24 octobre. Cinq jours plus tôt, tu fêtais son 22e anniversaire. Quand je parle d’injustice…

Nos derniers échanges sur les réseaux sociaux remontent à quelques mois, déjà. Je ne t’ai pas souhaité bon anniversaire cette année, pas par manque d’intérêt, par manque de temps, parce qu’il file et qu’on oublie. Il m’arrivait d’aller voir ton mur, tes photos, ton grand sourire. De loin, tu avais l’air bien. J’étais contente de ton bonheur.

Je parle encore souvent de toi, te nommant « mon élève de 6 pieds 7 ». Mes amis connaissent bien  cette anecdote où, un jour que j’expliquais un exercice à tes collègues, tu t’es accoté sur ma tête, qui t’arrivais presque au nombril. Ils aiment bien celle où tu me portas dans tes bras, alors que je portais le ballon, lors d’un match de rugby dans la neige.

Tu m’as marqué. Ton sourire, tes protestations taquines, tes « oui, mais madame! », ta grandeur juste trop grande, ta capacité à poser de bonnes questions, à réfléchir sur la vie. Ton humour, ta paresse aussi ! Mais qu’est ce qu’un grand ado de 17 ans, s’il n’est pas le moindrement paresseux.

On dit toujours les choses quand il est trop tard. J’espère que, de l’endroit où tu es, tu entendras mes paroles. Je suis choyée d’avoir pu t’enseigner, d’avoir pu croiser ton chemin, d’avoir eu ces conversations avec toi, d’avoir répondu à tes questions, d’avoir écouté, d’avoir rit. T’enseigner a été un plaisir presque constant !

Je prends quelques secondes pour offrir mes condoléances à ta copine et ta famille. Avec ton grand cœur, je sais que tu ne les laisseras pas tomber.

En espérant te recroiser dans plusieurs années… on se fera une petite game de 21.

Bonne route, mon grand.

 

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VERSION AUDIO

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Source image: page Facebook de Pier-Luc

29th Oct2012

Chronique Canal M – Je ne m’ennuie pas du hockey

by Nancy

Le hockey est une religion chez nous. Mon père a joué pour les Olympiques de Hull et a même été reluqué par des recruteurs des Black Hawks de Chicago. Mon frère s’est fait approcher par le Drakkar de Baie-Comeau. Je suis née avec une paire de patins qui m’attendait près de mon berceau.  J’ai grandi dans un aréna. Je peux, à l’odeur, savoir depuis combien de temps un sac d’équipement de hockey est resté fermé. Vous comprenez le topo.

Par contre, je ne m’ennuie pas du hockey. Et je ne compatis en rien du tout ni avec les joueurs, ni avec les dirigeants, ni avec les fans et les journalistes qui semblent ne plus avoir de sujets de conversation.

Je ne suis pas très au courant du conflit – parce qu’il me m’intéresse pas – mais je sais que l’argent est en cause. De toute façon, l’argent est toujours en cause. C’est comme ça, la vie.

J’ai encore du mal à m’imaginer qu’on peut aussi bien gagner sa vie en faisant du sport. C’est chouette le sport (n’oublions pas qu’à la base, je suis enseignante en éducation physique), mais ça ne sauve pas des vies. Je sais, je sais, lancez-moi des roches…

Avant d’être des professionnels qui font plus en une année que ce que je ferai dans toute ma vie, tous ces joueurs étaient des sportifs amateurs. Des enfants, au départ, qui aimaient jouer. Puis des athlètes de haut niveau qui se sont développés des stratégies pour réussir.

Le lock-out au hockey rend la une du cahier des sports de mon journal complètement inintéressante. Pourquoi ne pas utiliser cette pause pour faire connaître le sport amateur, les athlètes à surveiller, pourquoi ne pas montrer de beaux et jeunes sportifs qui mangent de leur sport et qui travaillent fort ?

Je trouve que le sport amateur n’a pas assez de place dans les médias. « Mais, ça n’intéresse personne ! », m’a répondu un ami. Et pourtant… Il y a des perles dans ces sportifs, des exemples à montrer, des histoires à raconter, des contes de fées qui se vivent, des déceptions qui font mal, des douleurs, la vraie vie, quoi !

De plus, on ne parle que de hockey, comme si aucun autre sport n’existait. D’accord, il y a le football et, depuis peu, le soccer, qui attirent l’attention. Qu’en est-il de tous les autres ?

J’aimerais qu’on nous montre des athlètes de toutes les disciplines avant que l’argent, les conventions, les ventes de passes de saison, les gros chars et les désodorisants ne les transforment en machines publicitaires. J’aimerais voir les visages de ces jeunes qui bûchent et rêvent.

Suis-je la seule ?

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Source image: http://cdn.25stanley.com/wp-content/uploads/2012/09/NHL-lockout.jpeg

15th Oct2012

Chronique Canal M – Prêcher contre sa paroisse

by Nancy

Cette semaine, un midi, autour de la table, des enseignantes plus expérimentées parlaient de leurs expériences avec les stagiaires et exprimaient leur hâte de voir arriver les nouvelles recrues de l’enseignement à la fin novembre. La transmission du savoir et le mentorat les motivent et elles aiment le contact avec les idées nouvelles et les projets qui peuvent en découler.

Je suis entourée de collègues inspirantes. C’est chef dans un monde où le désabusement attaque le tiers des nouveaux enseignants dans les cinq premières années de leur carrière…

Pendant la conversation, une enseignante ultra-compétente avec les classes d’élèves présentant une déficience intellectuelle moyenne – enseignante que je respecte au point d’avoir souvent envie de lui construire un monument et de lui faire des offrandes au soleil levant – nous parle d’une université qui, maintenant, refuse que ses stagiaires fassent un stage en déficience intellectuelle.

Pourquoi, lui demandais-je ?

« Parce que, répond une autre enseignante ayant travaillé 10 ans en déficience profonde, selon eux, on n’enseigne pas aux élèves déficients. Quand nous sommes face à cette clientèle, nous ne sommes pas des enseignants ».

Euh, pardon ?

Donc, selon la logique de cette université montréalaise, il y a, présentement, et seulement dans ma petite école, onze enseignantes qui n’enseignent pas. Onze enseignantes qui ne passent aucune minute de leur vie à préparer des activités pédagogiques stimulantes et signifiantes pour près de 75 élèves. Onze enseignantes qui ne passent pas des heures à inventer des stratégies, à s’informer sur les différentes maladies, ni à créer du matériel adapté pour ces élèves. Onze enseignantes qui n’ont pas du tout à cœur le développement maximal de leurs élèves. Onze enseignantes qui sont payées à ne pas travailler, finalement.

Les enfants ayant une déficience intellectuelle ne sauront jamais comment épeler des mots complexes, trouver des erreurs de français dans une phrase ni faire des additions. En passant par les soins, les activités pédagogiques et l’amour de leurs enseignantes, par contre, ils apprendront des stratégies pour communiquer, ne serait-ce que leurs besoins de base. Certains d’entre eux pourront même utiliser un appareil de communication permettant de parler avec n’importe qui se donnant la peine de bien vouloir écouter ce qu’ils ont à dire.

Grâce aux enseignantes en déficience intellectuelles, les élèves apprendront à socialiser, à expérimenter des nouvelles choses pour se préparer un peu aux aléas de la vie quotidienne, à toucher, goûter, sentir, s’orienter. À devenir un peu plus autonome, que ce soit pour se nourrir ou se déplacer.

Je n’aime pas savoir qu’une université qui forme des enseignants en adaptation scolaire refuse de voir que ce que l’ont fait, au quotidien, avec des élèves déficients, c’est scolairement ultra adapté.

Ce qu’on n’enseigne pas dans cette université, c’est d’ouvrir son cœur, de voir au-delà de l’enveloppe de l’élève et de regarder chaque enfant comme un potentiel à développer.

Mes collègues sont des modèles de patience et de persévérance. Un stage dans leur classe n’est pas un obstacle à la formation d’un futur enseignant, mais bien une ouverture sur des possibilités pédagogiques ludiques et, souvent, un peu magiques.

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01st Oct2012

Chronique Canal M – Sérieusement, Rona Ambrose ?

by Nancy

 

Le 4 mai dernier, j’écrivais ici une chronique adressée à Stephen Wootworth du cabinet Conservateur pour lui exprimer mon dégoût et mon indignation face à la brèche qu’il venait d’ouvrir sur la possible réouverture du débat sur l’avortement. J’expliquais à monsieur Wootworth les raisons pour lesquelles j’avais eu recours à l’avortement et ce que cette intervention avait changé dans ma vie et dans celle de mon fœtus.

En parallèle, dans ma réflexion, je m’expliquais ce geste, venu d’un homme, et non d’une femme, par un désir de contrôle, de pouvoir, peut-être. Un homme ne sait pas ce que c’est que de porter la vie, d’en assumer les responsabilités. Disons les choses comme elles le sont : le parent qui abandonne ses enfants, ne les voit qu’une fin de semaine sur deux ou qui oublie de les appeler pour leur anniversaire, c’est plus souvent le père que la mère. Certes, comme dans chaque règle, il y a des exceptions. Si je fais un bref sondage dans mon entourage élargi de famille reconstituées-semi-fonctionnelles-jusqu’à-un-certain-point, celui qui est parti/ne prend pas ses responsabilités, c’est l’homme. Désolée les gars. Je ferai l’apologie des bons pères dans une chronique ultérieure, je vous le promets.

Je me disais donc que c’était son statut d’homme qui lui conférait le droit de s’insurger, de vouloir rouvrir un débat clôt depuis des lustres et dont, je me disais, personne n’a envie d’entendre parler (sauf les pro-vie, mais bon, ce n’est pas comme si j’avais l’impression qu’ils étaient majoritaires). Surtout, je me disais qu’aucune femme au gouvernement ne voudrait appuyer une telle motion, car en étant femme et donc, consciente du chemin parcouru depuis les 70 dernières années sur la route du droit des femmes, elle serait comme « Wô, minute papillon, ravale-moi ta proposition, tu ne sais pas de quoi tu parles ».

Oh erreur !

Hier, pour me contredire – et me pousser à me frapper la tête sur un mur à répétition – Rona Ambrose y est allé d’une décision surement personnelle, mais prise et dévoilée sous son titre de ministre de la Condition Féminine. Comme vous le savez tous déjà, Mme Ambrose appuie la motion de M. Wootworth (et fait disparaître le sol sous mes pieds).

Que Mme Ambrose soit contre l’avortement et que, devant une grossesse non attendue, elle prenne la décision consciente et réfléchie de garder son enfant, ça ne m’embête pas du tout. Après tout, le combat pour l’avortement était, avant tout, un combat pour la liberté de choisir, d’être maître de son corps et ne plus en être prisonnière. Le choix qu’elle ferait, personnellement, ne la regarde qu’elle. Comme le mien ne regardait que moi.

Là où j’ai envie de scalper des gens (c’est une image), c’est quand on prend deux secondes pour réaliser que l’appui à la motion, elle l’a fait au nom de LA CONDITION FÉMININE. Nommée par le gouvernement, elle est sensée se préoccuper de l’intérêt de l’ensemble de la population canadienne. C’est drôle, mais autour de moi, la population canadienne n’est pas vraiment d’accord avec la réouverture du débat…

J’éprouve de la difficulté à terminer ce billet. Je n’arrive pas à conclure de manière décente, comme on l’apprend, en ouvrant vers la réflexion… Non. Tout ce que j’ai envie de dire, c’est « mais où est-ce qu’on s’en va », et de rajouter un gros mot.

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24th Sep2012

Chronique Canal M – Hommage aux parents

by Nancy

Comme vous le savez peut-être, je suis enseignante à l’école Victor Doré, une école spécialisée pour les enfants ayant une déficience motrice. La majorité de nos élèves circulent dans l’école à l’aide de leur fauteuil roulant, d’un tricycle ou d’un autre appareil de locomotion adapté. Ce sont de vrais champions.

En plus d’un handicap moteur, une bonne partie d’entre eux ont un trouble associé : une maladie dégénérative, une déficience intellectuelle, de la cécité, un trouble du langage… Certains d’entre eux sont nés comme vous et moi, en parfaite santé, puis, des suites d’un accident ou des volontés de la vie, tout a basculé.

Ces enfants-champions ont des parents. La semaine dernière, c’était la première rencontre de l’année entre eux et le personnel de l’école. La semaine dernière, après avoir passé près d’un mois avec leurs enfants, on voyait le visage de leurs parents courageux.

J’ai envie, cette semaine, de rendre hommage à ces parents. Avoir un enfant n’est déjà pas une mince tâche. Avoir un enfant lourdement handicapé, c’est une tâche immense.

Je veux rendre hommage à ces parents qui se lèvent plusieurs fois par nuit, même si leur enfant a maintenant 10 ans, pour le changer de position, le réconforter, s’assurer qu’il respire encore.

Je veux rendre hommage à ces parents qui manquent plusieurs journées de boulot par année pour des visites chez les divers médecins, spécialistes, thérapeutes, radiologistes et autre, afin d’assurer à leur enfant le meilleur possible.

J’aimerais qu’on souligne le courage de ces parents qui acceptent, qui font leur deuil de l’enfant parfait, qui connaissent les limites de leur petit et qui ont, pour eux, des attentes réalistes et atteignables.

Je veux qu’on parle de ces parents qui ont transformé complètement leur mode de vie pour s’adapter aux besoins de leur enfant. Qui ont métamorphosé une pièce de leur demeure en salle de psychomotricité.

Je veux qu’on connaisse cette maman qui s’est levée dans ce restaurant alors qu’une personne sans handicap s’était garée dans un espace bleu. Qu’on sache qu’elle existe, cette maman qui fait des pieds et des mains pour que des rampes d’accès soient installées partout, pour que le handicap de sa fille n’empêche pas celle-ci de vivre à son propre maximum.

J’ai envie de vous parler de ces parents qui posent des questions, qui essaient des trucs, qui font preuve d’ingéniosité et d’imagination pour donner le plus de bonheur possible à leur enfant. Ces parents qui ont réussi à se créer une vie de famille, qui voient leurs enfants comme des enfants et non comme des maladies.

À tous ces parents, je lève mon chapeau. Votre courage, votre patience et votre détermination sont, pour moi, des sources inépuisables de dépassement et me poussent à donner le meilleur de moi-même à vos tout-petits.

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17th Sep2012

Chronique Canal M – Saison 2012-2013

by Nancy

* Les chroniques pour le Canal M seront désormais diffusées les lundis, à 12h02.

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Et si on revoyait nos priorités ?

 

Dans La Presse du samedi 8 septembre, on pouvait lire, dans le cahier « Enjeux », quelques articles sur la violence extrême en Amérique Centrale. On y apprenait, entre autres, que si  à Montréal, en 2011, 35 personnes ont perdu la vie des suites d’un homicide, on en comptait 7 104 au Honduras. C’est un meurtre toutes les 76 minutes. Sans pause.

Des gens comme vous et moi y meurent chaque jour pour des riens. La pauvreté extrême, les gangs de rues ultraviolentes, la fragilité des institutions, les redoutables cartels de drogues du Mexique qui ont migré vers l’Amérique Centrale et de profondes crises politiques ont transformé l’autrefois paisible et calme continent en morgue.

En lisant les quatre pages les plus tristes et bouleversantes que j’ai lu depuis longtemps, je me suis questionnée sur beaucoup de choses : la répartition des richesses, la corruption, le crime organisé, l’égalité des chances… La fille candide et optimiste devant l’éternelle qui m’habite a eu l’impression de se faire donner un coup de 2X4 dans le front sans s’en attendre… Moi qui vois toujours le monde du côté le plus beau (ou, du moins, qui essaie la majorité du temps), je me rendais compte que le « côté sombre de la force » était plus répandu que je ne le croyais.

Puis, je me suis demandé ce qu’on pouvait faire, ce qui pouvait être changé en fait. Je suis tombée dans l’utopie, bien entendu; chassez le naturel et vous savez ce qu’il fait ! Il me semble, par contre, qu’il y a des priorités qu’on oublie, quand on vit dans un pays où on retrouve de l’eau potable dans sa cuvette de toilette.

Je ne sais pas pour vous, mais il me semble qu’on pourrait revoir nos priorités, collectivement. Qu’avant de penser à comment on pourrait exploiter tel ou tel territoire, à créer de nouvelles frontières, à inventer une nouvelle bombe, il serait peut-être préférable que tout le monde puisse vivre en sécurité, avec un toit, de l’eau, de la nourriture, mettons. Et si on pousse un petit peu plus loin, juste un tout petit peu, on pourrait aussi vouloir que tous aient accès à un médecin et puissent fréquenter l’école. Il me semble que, si ça, juste ça, c’était disponible pour tous, là, après, on pourrait parler d’autre chose.

7 104 personnes sont mortes l’an dernier parce qu’elles sont nées dans le mauvais pays. C’est la seule raison. Si ces 7 104 personnes étaient nées sur l’île de Montréal, 7 069 seraient encore en vie…

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VERSION AUDIO (débutant à 7 min)

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29th Jun2012

Chronique Canal M – Une amie qui change à vue d’oeil

by Nancy

J’ai une amie précieuse qui partage ma vie, mes déboires et mon quotidien depuis près de 6 ans maintenant. Une amie qui n’était pas destinée à en devenir une, de par son âge, sa manière de voir les choses, ses habitudes de vies aux antipodes des miennes.

Cette amie est la voix de ma raison. Si je suis volatile, rêveuse et optimiste, elle me ramène les deux pieds dans ma boue, me la fait sentir et même un peu goûter. Elle me cloue au sol quand je pars à la dérive. Elle est un peu comme un port d’attache, une ancre.

De nous deux, j’ai toujours été la plus sociable, celle qui prenait le plus de risques, la plus volage, la plus occupée, la moins « groundée », la plus perdue, la moins responsable. Avant l’avènement de l’année 2012, mon amie A. était un monument de contrôle, de lignes directrices et de principes.

Puis, 2012 a sonné.

La vie nous réserve des surprises. John Lennon a dit : « Life is what happens when you’re busy making other plans ». Les plans de ma belle amie se sont envolés en fumée provenant d’un feu qui s’était déjà allumé deux ans auparavant.

Je n’ai pas besoin d’énumérer le nombre d’épreuves qu’elle a su surmonter en un laps de temps digne d’un record olympique au 100m. Étaler sa vie sur la place publique n’aidera personne à comprendre son changement de cap. Disons seulement que pendant des mois, elle a été en droit de gueuler une certaine chanson de Lisa Leblanc.

Et qu’est ce qu’elle a fait avec toutes ces péripéties, mon amie ? Elle a grandi. Elle a ouvert la porte à de nouvelles amitiés, de nouvelles rencontres. Elle se fait confiance dans des domaines qu’elle ne soupçonnait pas. Elle goûte à des trucs qu’elle tenait loin. Elle prend des initiatives que je ne lui connaissais pas. Elle fait des pas de géants dans la piscine du bonheur (même si, au sens propre, la piscine et elle, ça fait deux).

Au final, elle s’est choisie. Vous commencez à me connaître, chers lecteurs et auditeurs. Quand quelqu’un se choisit, je suis souvent la première à lui faire une haie d’honneur, une affiche, un t-shirt, un cri de ralliement et une page Facebook. Se choisir, choisir son bonheur et le faire grandir de l’intérieur. Plus j’avance, plus je me rends compte que c’est une qualité que j’admire et que je chéris.

Mon amie A. s’est choisie. Et si vous saviez comme ça lui va bien !

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22nd Jun2012

Chronique Canal M – Devenir un monument de paix

by Nancy

 

Cet hiver, j’ai passé quelques semaines à partager des moments avec un garçon. C’était le premier que je laissais entrer un tant soit peu dans ma vie après une longue et douloureuse rupture survenue il y a de cela maintenant près de deux ans.

Du moment où il a mis un pied dans le portique de mon existence jusqu’à ce que notre histoire tombe à plat deux mois plus tard, mon corps s’est transformé en usine à stress et mon cerveau, en moniteur de spinning. Pendant un peu plus de huit semaines,  mon métabolisme a dépensé autant de calories quotidiennement que si j’avais fait un triathlon tous les jours. Une belle histoire d’amour saine et épanouissante… *tousse*.

Tous les jours, je me questionnais. S’il mettait du temps à répondre à mes textos, je me disais que notre histoire était terminée. Je calculais chacun des mots qui sortaient de ma bouche pour ne pas paraître trop fille, trop intéressée, trop impliquée. J’envoyais des bouts de conversations à mes copines pour leur demander leur avis. Je repassais nos moments ensemble dans ma tête en me demandant si telle ou telle réplique ne lui avait pas donné envie d’enfiler ses souliers de course et de courir jusqu’en Tchétchénie. Bref, je n’étais pas zen du tout.

Quand on a apposé le point final à notre histoire sans histoire, je me suis promis de ne plus jamais m’imposer ce perpétuel état de panique qui m’avait fait perdre près de 5 kilos. Je veux bien croire que le phénomène du célibataire urbain qui ne veut pas trop s’engager et qui garde plusieurs options sur la table pour ne pas rater l’opportunité du siècle est réel. Je refuse par contre de continuer à y adhérer. Il y a bien des limites à se faire violence. En plus, ça coûte cher de devoir s’acheter des nouveaux pantalons toutes les deux semaines…

Quelques semaines après notre pseudorupture, je suis allée me faire tatouer une ancre de bateau sur le talon droit. Inspirée d’une image que j’avais vue sur internet, je trouvais le symbole tout à fait à propos. Après tout, quand je parlais du garçon en question dans mon entourage, je n’utilisais pratiquement jamais son nom; je le nommais « le pirate ».

Bien sure, la signification de l’ancre a aussi confirmé mon choix : la sécurité, l’espoir, le salut et l’espérance.

Maintenant, quand je sens que mon cerveau tente de s’entraîner pour le tour de France, je regarde mon pied droit et remercie un peu le pirate de m’avoir poussée à me calmer les nerfs, à définir mes attentes et à croire (bien que ce ne soit pas avec lui) que le grand amour existe encore

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16th Jun2012

Chronique Canal M – Prendre le statu quo et en faire autre chose

by Nancy

 

J’ai une amie qui aspire à changer de boulot. Celui qu’elle fait présentement, elle le connaît par cœur, elle le fait les yeux fermés, les mains dans le dos, en peinturant des moulures et en lisant un roman scandinave. Son emploi ne lui apporte plus aucun défi, elle sent qu’elle stagne, qu’elle ne s’accomplit plus. Pourtant, elle adore son métier. C’est son job actuel, qu’elle fait depuis plusieurs années, qui la décourage.

Je travaille avec un garçon qui est dans une relation qui ne le rend plus heureux du tout. Son couple roule sur le neutre, tout est beige. Il est avec la même fille depuis près de 10 ans, partage son compte de banque et son hypothèque. Souvent, le soir, il tourne en rond pour éviter de rentrer chez lui plus tôt. Il sait bien que son couple ne s’en va plus nulle part, mais il ne sait plus trop par où régler le problème.

Le statu quo, ça amène sa dose de bien-être. On n’a pas trop d’effort à fournir, on connaît les rouages, on est à l’abri des mauvaises surprises. En fait, je pense que de demeurer dans le statu quo, c’est avancer avec des verres brouillés et fermer les yeux sur ce que pourrait être sa vie.

Pour se sortir de ses pantoufles, ça prend toute une dose de courage. Se lever et dire : « non, cette situation ne me convient plus », c’est se choisir, se mettre au premier plan de sa vie. C’est décider de faire des vagues et de ne plus se laisser porter par elles.

Récemment, j’ai regardé le film « We bought a zoo », inspiré du récit de Benjamin Mee, ce père de famille qui a fait l’acquisition d’un zoo abandonné après la mort de sa femme. Un extrait du dialogue m’habite encore, celui où le père dit à son fils « Quelques fois, il ne faut que 20 secondes de courage fou. Littéralement 20 secondes de bravoure embarrassante et je te promets que quelque chose de grand viendra ensuite ».

Autant de vérité ne pouvait que me happer de plein fouet.

Cette audace, il faut aller le chercher dans le fond de son ventre, là où ça chatouille. Il faut l’apprivoiser, lui faire confiance et lui faire savoir qu’il faut s’unir et travailler en équipe. La prendre par la main et lui montrer la direction qu’on prend.

Certes, tout ça, c’est bien beau à l’écrit. Mais dans la vraie vie, ça fout une trouille presque insoutenable.

Il y a un an, je revenais du Nunavik après y avoir passé trois ans. J’étais de nouveau célibataire, de retour à Montréal, inscrite à la maîtrise, ne sachant pas où j’allais enseigner et me demandant bien ce qu’il allait advenir de moi. Pour la première fois de ma vie, je n’avais pas de ligne directrice guidée par la logique, je n’ai que suivi mon cœur.

Un an plus tard, je suis amoureuse de mon nouveau milieu de travail, de mes nouveaux amis, de mon nouveau chez-moi, de ma nouvelle vie. Sortir du statu quo m’a permis de réapprendre à me connaître.

Mon amie fait présentement des pieds et des mains pour trouver son emploi idéal. Je le sens, quelque chose de grand est sur le point de lui arriver.

Cher collègue, cher ami, je te souhaite ce même courage.

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08th Jun2012

Chronique Canal M – 10 choses qui ont changé pendant ma vingtaine

by Nancy

Dans quelques heures, je n’écrirai plus mon âge en débutant par le chiffre deux. La trentaine sonne à ma porte et je ne pourrai plus la laisser choir sur le perron bien longtemps encore. Le moment est bien choisi pour faire le bilan des changements qui se sont opérés chez moi dans la dernière décennie.

Mon corps : J’ai longtemps été très complexée par mon apparence physique, assez pour refuser que mon amoureux me voit sans vêtement. Avec le temps et le sport, j’ai appris à aimer ce que je suis et à me transformer à coups de foulées sur l’asphalte et de postures de chien tête baissée.

Ma capacité à communiquer : Dire les choses a toujours été pour moi un défi de taille. Dire les choses clairement, encore plus. Je suis maintenant plus à l’aise à émettre des messages clairs.

Ma situation financière : J’ai abordé ma vingtaine avec une très mince dette d’études collégiales. Un baccalauréat et une maîtrise plus tard, cette dette ressemble plus au Grand Canyon…

Ma vision du couple : En 10 ans, j’en ai vu des garçons. J’ai eu de bonnes relations, de moins bonnes relations, de relations qui ne méritent pas de porter le nom « relation ». J’ai fait des trucs impardonnables, j’ai fermé les yeux sur des situations et je me suis fait croire que ce que j’avais c’était ce que je voulais. Je pense mieux connaître ce à quoi j’aspire en couple maintenant. Et avec qui j’y aspire aussi.

Mon courage : La Nancy de 20 ans ne faisait pas trop de vagues, ni trop de bruit et ne voulait surtout pas déranger les autres avec ses idées et ses projets. J’ai maintenant la capacité d’aller vers ce que je veux pour moi, de défoncer des portes et de prendre des risques.

Mon syndrome de Mère Thérésa : J’ai souvent eu l’impression que si je n’étais pas totalement dévouée à mon entourage, j’étais une mauvaise personne. Au début de ma vingtaine, j’étais incapable de dire non et je mettais fréquemment ma vie de côté pour aller aider quelqu’un d’autre. Si je fais encore preuve d’empathie et d’abnégation, j’ai tout de même appris qu’il est bon de se faire passer en premier dans sa propre vie.

Mon attitude : Mon amie Geneviève B. vous le dirait; j’ai longtemps eu une fâcheuse tendance à tourner en événement dramatique n’importe quelle petite situation. Comme dans «bonjour Drama-Queen ». Je pense être plus posée et faire preuve de lâcher-prise. Enfin, je l’espère. Qu’en dis-tu, Geneviève ?

Mon désir de plaire : Je ne ferai plus n’importe quoi et n’irai plus jamais à l’encontre de mes valeurs profondes pour être aimée.

Ma relation avec ma mère : Houleuse à vingt ans, ma relation avec ma maman est beaucoup plus saine et plus vraie.

Mes rêves et aspirations : J’ai entamé mes vingt ans dans les larmes et le stress de n’avoir que 10 ans pour trouver mon métier, mon amoureux, faire des enfants, m’acheter une maison et conduire une minivan. Ma vision de la vie n’est plus du tout la même. Je n’ai toujours pas d’amoureux, ni d’enfants, ni de maison, mais je rêve de dépaysement, de projets fous, de grands espaces et de famille unie. Une à une, les choses viendront. Nul besoin de paniquer.

Demain, j’aurai 30 ans et je sens que ma vie débute.

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Source image: collection personnelle

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