Chronique Canal M – Lettre à Pier-Luc
Cher Pier-Luc,
La mort est à la fois juste et injuste. Au final, tout le monde finira par mourir. Par contre, certains d’entre nous partiront vers l’au-delà – ou le whatever – rapidement, de manière tragique, volontairement ou dans leur sommeil. Et, souvent, l’expression clichée « c’est toujours les meilleurs qui partent les premiers » s’applique trop bien. C’est vrai, pourquoi n’est-ce jamais un violeur d’enfant qui meurt calciné dans un accident de voiture ?
C’est samedi matin que j’ai appris ton départ. Un accident de travail. En fait, je ne comprenais pas trop. J’ai vu passé un drôle de truc sur Facebook et je n’y ai pas cru. J’ai du demander à un de tes anciens collègues, le suppliant d’infirmer ce que j’appréhendais.
Tu es mort le 24 octobre. Cinq jours plus tôt, tu fêtais son 22e anniversaire. Quand je parle d’injustice…
Nos derniers échanges sur les réseaux sociaux remontent à quelques mois, déjà. Je ne t’ai pas souhaité bon anniversaire cette année, pas par manque d’intérêt, par manque de temps, parce qu’il file et qu’on oublie. Il m’arrivait d’aller voir ton mur, tes photos, ton grand sourire. De loin, tu avais l’air bien. J’étais contente de ton bonheur.
Je parle encore souvent de toi, te nommant « mon élève de 6 pieds 7 ». Mes amis connaissent bien cette anecdote où, un jour que j’expliquais un exercice à tes collègues, tu t’es accoté sur ma tête, qui t’arrivais presque au nombril. Ils aiment bien celle où tu me portas dans tes bras, alors que je portais le ballon, lors d’un match de rugby dans la neige.
Tu m’as marqué. Ton sourire, tes protestations taquines, tes « oui, mais madame! », ta grandeur juste trop grande, ta capacité à poser de bonnes questions, à réfléchir sur la vie. Ton humour, ta paresse aussi ! Mais qu’est ce qu’un grand ado de 17 ans, s’il n’est pas le moindrement paresseux.
On dit toujours les choses quand il est trop tard. J’espère que, de l’endroit où tu es, tu entendras mes paroles. Je suis choyée d’avoir pu t’enseigner, d’avoir pu croiser ton chemin, d’avoir eu ces conversations avec toi, d’avoir répondu à tes questions, d’avoir écouté, d’avoir rit. T’enseigner a été un plaisir presque constant !
Je prends quelques secondes pour offrir mes condoléances à ta copine et ta famille. Avec ton grand cœur, je sais que tu ne les laisseras pas tomber.
En espérant te recroiser dans plusieurs années… on se fera une petite game de 21.
Bonne route, mon grand.
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Source image: page Facebook de Pier-Luc









