Chronique Canal M – Croire au changement

 

En octobre, la journaliste à l’éducation de La Presse, Pascale Breton, m’a demandé de la rencontrer. Elle préparait une série de reportages sur le Nunavik et son système d’éducation. C’est dans l’édition du samedi 25 février que le résultat de ses recherches a été publié.

Comme vous le savez déjà, le Nunavik occupe une place spéciale dans mon cœur et dans mon corps. Oui, dans mon corps. Le Nord a cet effet sur les gens qui y vont, il les habite à leur retour. J’ai le Nord qui me coule dans les veines, des aurores boréales dans les cheveux, des blizzards dans les yeux, le rire de mes élèves dans mes oreilles. Quand Madame Breton a voulu montrer ce qu’était le Nord, je n’ai pas hésité à lui donner des pistes.

Je sais que je suis d’un optimisme qui frise souvent la candeur. En général, quand tout le monde pense que quelque chose va s’auto-détruire, que la fin approche, je décide d’y voir l’espoir. Je suis comme ça. En ce qui concerne les Inuit, c’est la même chose. Certains disent qu’ils sont voués à disparaître, qu’ils sont « bons à rien ». Moi, je crois en eux.

Je ne ferme pas les yeux sur les problèmes sociaux, sur la violence, sur le manque de ressources. J’ai les yeux bien ouverts, j’ai vu des trucs, entendus des histoires, vécus parmi eux. Tout n’est pas rose. Tout n’est pas noir non plus. Il y a de belles histoires au Nunavik, et celles-là, on n’en parle pas assez souvent.

Je rêve du jour où le peuple inuit va nous surprendre, se tenir debout et se prendre en main. Où ils vont être fiers de leur identité et marcher la tête haute. Où on ne fera plus de cahier spécial dans La Presse du samedi pour dénoncer les tragédies mais plutôt pour souligner leurs réussites.

On oublie – ou on ne sait pas – qu’ils sont présentement dans un conflit de valeurs difficilement gérable, pris entre le désir du confort qu’offre la vie de blancs et le besoin de se rattacher aux traditions ancestrales. Certains d’entre eux ont été élevés dans des tentes et des igloos. Ils possèdent maintenant des ordinateurs et surfent sur le web. Bonjour le clash.

On oublie aussi qu’ils sont humains, et que là où il y a homme, il y a hommerie. Je me demande combien d’entre-nous seraient assidus au boulot en recevant des redevances monétaires importantes mensuellement sans avoir à lever le petit doigt. Ce n’est pas parce qu’ils sont inuit, c’est parce qu’ils sont comme vous et moi.

Je crois en eux, peut-être plus que certains d’entre eux, même. J’ai vu ces parents dévoués, ces enfants assidus à l’école, ces gens commencer à avoir des rêves. Il y a, là haut, des gens généreux et d’une gentillesse sans égal, des gens brillants qui pourraient ouvrir n’importe quelle porte. Et je souhaite ardemment qu’un jour, ils nous le mettent dans les dents.

Nallirvaritsi Nunavimiut

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VERSION AUDIO

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Source image: http://pinterest.com/pin/72902087687576781/

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