Chronique Canal M – Métamorphoser l’art de la rencontre
Le célibataire urbain vous le dira : rencontrer quelqu’un n’est pas une mince tâche. Bien que nous soyons près d’un million sur l’île de Montréal, les chances de tomber sur la personne compatible sont assez minces. Encore faut-il que les deux prétendants désirent la même chose. Combien d’entre-nous se sont retrouvé dans des relations où un voulait s’engager, l’autre pas; un voulait lui présenter son entourage, l’autre désirait conserver jalousement son anonymat. Pour l’un, ce n’était que physique, pour l’autre, l’amour fou. Il faut, souvent, des années d’expérimentations, d’hypothèses et d’essais-erreur pour tirer la bonne conclusion.
Trouver, ce n’est pas simple. Puis, vint Facebook. Comme si ce n’était déjà pas assez compliqué. Maintenant que Mark Zuckerberg est milliardaire, il est aussi facile de retrouver la petite fille aux nattes blondes avec qui on a fait la maternelle que d’enquêter sur sa nouvelle conquête.
À l’heure actuelle, après avoir annoncé à son entourage qu’on a peut-être rencontré quelqu’un, la réponse est, plus souvent qu’autrement : « Ah oui ? C’est quoi son nom ? On peut le stalker sur Facebook ? » S’en suit alors le début des célébrations : on cherche, à l’aide de son téléphone intelligent, la page du dit prétendant. On regarde ses photos – et on juge – on cherche des amis communs – comment se fait-il qu’il connaisse telle fille ? – et on angoisse.
Ensuite, on lui fait une demande d’ami. S’il ne l’accepte pas, on se sent rejeté ou, mieux encore, on s’improvise scénariste et on se convainc qu’il a quelque chose à cacher. S’il l’accepte, les fouilles archéologiques se poursuivent de plus belle. On consulte l’historique de sa géolocalisation – que faisait-il dans un bar avec 3 autres demoiselles alors qu’il m’avait dit qu’il était fatigué et allait se coucher tôt ? – on tombe par hasard sur des photos de son ex – qui est bien plus belle que nous – et sur les commentaires de ses amis – fait-il réellement partie d’un club de lutte gréco-romaine ? Et on se torture un peu plus.
Comme si ce n’était pas suffisant, on en rajoute, sur son propre profil. Bonjour l’avalanche de statuts clever, de photos où on émane le bonheur tellement fort que ça fend l’écran, de liens qui étalent notre culture sur la place publique. On check-in dans les endroits branchés de la ville pour montrer à sa conquête que, pfff ! on est capable d’avoir du plaisir sans elle.
Bref, on aime ça rendre les choses complexes laborieuses.
C’est dans l’air du temps; il faut être partout, tout le temps et que tous soient au courant. La version 2.0 de soi-même doit rendre les autres jaloux.
Je ne me prétends pas meilleure ou moins pire; mon entourage vous le dira, mon téléphone est maintenant une extension de moi-même, j’envoie trop de textos par jour et je consulte mon profil Facebook comme si ma vie en dépendait. Je me demande, par contre, si, dans un monde où on rêve encore de relations vraies, de partage, de brosse à dents chez l’autre et de valeurs à la bonne place, il est nécessaire de greffer ce cirque à la jungle de la rencontre. Si on simplifiait le tout, un peu, pour voir ?

D’abord : J’adore ta façon d’écrire.
Après… Est-ce que tout ce cirque est vraiment nécessaire ?
Je me le demande. J’aimerais dire que non, qu’on peut espérer la simplicité.
Personnellement, mon téléphone est aussi intelligent qu’un écureuil volant (le volant, c’est juste pour la rime, et je me trouve vraiment drôle!). Mon statut Facebook est le même depuis 3 ans. J’envoie tellement de textos que mon forfait n’en incluait tout simplement pas jusqu’au mois passé. J’ai finalement créé mon compte Twitter cette année, mais j’ai pas encore compris le principe des #.
Bref, je suis un peu en marge de cette cybersociété branchée. Et pourtant, j’ai 31 ans. J’ai toujours été à l’affût des nouvelles technologies : j’ai un presse-jus électrique. Mais comme mon presse-jus, soit je m’en suis lassé, soit j’ai pas vraiment trouvé la véritable nécessité à tout ça.
Mais, quand je sors avec des amis, et que je vois tout le monde en train de consulter leur iPhone et à discuter de statut Facebook de l’un pis de l’autre. Je me demande. Est-ce qu’il ne me manque pas un petit quelque chose ? Je sors mon téléphone « flip », et on rit, avec moi, de moi. Ça pourrait me faire quelque chose à dire en moins de 160 caractères sur Twitter, ou sur mon statut Facebook. Moi qui pensait n’avoir plus rien de pertinent à dire! Cool.
Mais, oui, je vais « Googler » le nom d’une date, ou de l’espérance d’une date. Je vais aller voir son profil Facebook si j’y ai accès, espérant voir des photos, en bikini pourquoi pas. Je vais faire mes recherches, espérer découvrir tous ses petits secrets qu’elle aura oser mettre sur le web. Pour pouvoir l’impressionner en lui disant que oui, j’habite mes testicules. Du moments que j’en ai encore deux. Mais, non j’angoisserai pas sur mes découvertes, car au bout du compte, pourquoi stresser sur des « peut-être ». Tant qu’à me torturer avec le doute, je vais aller jouer avec mon presse-jus, j’y aurai finalement trouvé une utilité…
Peut-on simplifier ? Alors qu’on y a si facilement accès ? Si je te demande ton numéro de téléphone, me le donneras-tu ? Voudrais-tu apprendre à me connaître devant un verre plutôt que par courriel ? C’était pas un peu ça qui se passait, avant le web 2.0. Était-ce vraiment plus simple ? À toi de voir, je t’en offre la chance…