09th Dec2011

Chronique Canal M – Changer le système

par Nancy



C’est dans l’air : on a besoin de changement. Si ce n’est pas le mouvement Occupy, ce sont les intentions de vote, l’envie d’éclaircir les mystères de la collusion ou la recherche de valeurs plus humaines. Il y a, à l’heure actuelle, une réelle volonté de faire bouger les choses, de cesser de surfer sur la vague de la Révolution tranquille qui, faut-il se le rappeler, a fêté son cinquantième anniversaire.

Un des changements majeurs qui bat son plein dans l’actualité depuis déjà quelques années concerne notre système d’éducation. L’abolition des commissions scolaires, l’évaluation des enseignants, le réaménagement des structures, le pouvoir aux écoles… Des termes qui s’impriment sur les pages de nos journaux et dont mes collègues enseignants et moi nous demandons bien où cela va bien pouvoir nous mener.

J’entends, trop souvent, des parents répéter à qui veut bien l’entendre que les difficultés scolaires de leurs enfants ne relèvent pas directement de leur progéniture, mais bien des enseignants cancres qui leur enseignent. J’entends aussi, trop souvent, certains collègues étaler sur la place publique leur opinion sur l’état végétatif de leurs élèves et leur capacité titanesque à la paresse. Selon moi,  le ratio personne stupide – personne non stupide d’une population est représentée parfaitement dans une école. L’école n’est-elle pas une micro-société, après tout ?

Oui, il y a de mauvais enseignants, comme il y a de mauvais coiffeurs, de mauvais cardiologues et de mauvais conducteurs. Est-ce que tous les coiffeurs sont mauvais ? Non. Est-ce que tous les enseignants sont des êtres imbéciles qui ont choisi ce métier parce qu’ils passent leur temps en vacances et donc, qu’ils ne veulent pas travailler ? Non plus.

Dans le même ordre d’idée, il y a aussi des élèves moins évidents, plus paresseux, moins respectueux, éprouvant des difficultés. Comme il y a des adultes moins évidents, plus paresseux, moins respectueux qui éprouvent des difficultés. Le ratio est conservé. La vie dans une école est représentative de la vie à l’extérieur. Être enseignant ne veut pas dire être un tyran désabusé, être un élève ne signifie pas être un grand flan mou désintéressé.

Il ne faut pas oublier que l’action d’enseigner c’est avant tout d’entrer en relation avec ses élèves. Nous sommes des êtres humains qui travaillons avec des êtres humains. Ce qui fonctionne pour Julie ne fonctionne pas nécessairement pour Charles.

Au-delà des qualités et compétences des enseignants et de la volonté d’apprendre des élèves, il y a un système qui doit être révisé. Tout débute avec la formation qui, avec les réalités actuelles, ne fournit pas aux enseignants tous les outils nécessaires à l’atteinte du potentiel maximal de chacun de leurs élèves. Nous évoluons dans un système d’éducation où les élèves éprouvant des troubles divers (d’apprentissage, comportementaux ou autres) sont intégrés dans les classes. Seuls les enseignants en adaptation scolaire possèdent les connaissances requises à leur sortie de l’université. Selon moi, chaque enseignant devrait être formé en adaptation scolaire et se spécialiser dans sa matière de prédilection.

Ensuite, le recrutement. Chaque année, des centaines d’enseignants vont s’asseoir dans différents gymnases à travers la province, avec leur petit numéro, et attendent leur tour pour choisir une tâche qui colle plus ou moins à leur champ d’expertise. Les plus chanceux débarqueront ensuite dans leur nouveau milieu de travail et iront rencontrer leur supérieur immédiat – la direction – après avoir été embauchés. La compétence de l’enseignant, son expérience générale et surtout sa personnalité (je le répète, nous travaillons avec des humains) ne compte pas. Son numéro sur la liste oui. C’est comme aller à l’abattoir. En peut-être un peu plus stressant.

Puis, il y a les réalités sur le terrain. Prenons en exemple un collègue qui enseigne Éthique et culture religieuse. Pour avoir une tâche complète, il doit enseigner à 18 groupes de 36 élèves, soit à 648 élèves. Six-cent-quarante-huit élèves ! Peut-on lui en vouloir de ne pas être entré en relation avec chacun d’eux ?

Je pourrais poursuivre sur les commissions scolaires qui coûtent trop cher, du manque de ressources dans les écoles, des directions qui n’ont malheureusement pas un réel pouvoir, sur les permanences non transférables, sur les salaires, sur la relation enseignant-parent, sur l’opinion publique, sur le dénigrement de la profession, sur beaucoup de choses, finalement. Le système d’éducation a besoin d’être repensé, revu, corrigé.

Il y a, dans chacune des écoles du Québec, des enseignants passionnés qui aiment profondément leur métier, qui passent des heures à planifier, réfléchir, comprendre comment aller chercher l’attention des élèves plus réfractaires. Des enseignants qui ont des papillons dans le ventre à la rentrée, qui se préparent des semaines d’avance pour être fins prêts pour ce blind-date avec leurs nouveaux élèves. Il y a, dans chacune des écoles, des enseignants qui croient à ce qu’ils font, au potentiel des jeunes, à la possibilité de les faire progresser. Il y a, dans chacune de nos têtes, le souvenir d’au moins un enseignant qu’on aimait don’.

Il y a, dans chacune des écoles, des élèves qui ont une soif d’apprendre, qui s’intéressent à leur milieu, qui s’implique dans la vie étudiante. Il y a, dans chaque classe, des élèves au sens de l’humour attachant, qui ont des idées, une opinion, des projets. Il y a, dans la tête de chaque enseignant, des dizaines de souvenirs d’élèves qu’ils aimaient don’.

Il est temps d’offrir à ces enseignants et à leurs élèves les moyens et les conditions nécessaires à la réussite.

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VERSION AUDIO

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Source image: http://www.navi-mag.com/site_img/ARTICLES/large/nternet-lieu-d-echange-entre-parents-d-eleves-id687.jpg

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