02nd Dec2011

chronique Canal M – Changer en vieilissant

par Nancy

Il y a un brouillard, un épais nuage qui entoure le concept de vieillir. Les magazines féminins offrent toutes sortes de trucs pour vieillir en beauté. La littérature nous offre des personnages d’hommes trentenaires qui ont peur de vieillir et de passer à côté de leur vie.   On essaie de mettre un frein, une pause, de jouer à la statue avec le temps. Peu importe le nombre de petits pots de crème ou de tournoi de dards qu’on a sous la cravate, le temps finira par faire son effet et les chandelles continueront à s’accumuler sur les gâteaux de fête.

Mon frère m’a révélé récemment qu’il referait en boucle sa décennie entre 15 et 25 ans. Un ami me disait cette semaine qu’il avait peur de vieillir. Un collègue m’a dit en dînant ce midi « J’ai 35 ans, c’est fini, je suis un adulte ». Le constat ambiant : vieillir est négatif.

Je ne suis pas d’accord. Bon, je n’ai pas 89 ans, je ne suis pas malade, je suis encore autonome. Si on tend bien les oreilles, ce ne sont pas les personnes âgées qui paniquent, ce sont les jeunes trentenaires et ceux qui vivent en banlieue de cet âge. Comme si avancer en âge allait tout changer, comme s’ils allaient se perdre. « On change en vieillissant… » Oui, mais ce n’est pas nécessairement négatif.

Il est vrai que je ne peux plus me coucher à 5h du matin et me réveiller fraîche et dispose 45 minutes plus tard pour entamer ma journée. Plusieurs ne peuvent plus avaler les mêmes quantités d’alcool. Porter certains vêtements devient questionnable. Effectivement, certains trucs changent, mais personne ne fait de crise existentielle à 12 ans quand il est temps de ranger les Barbies et les G.I Joe. Personne ne se remet en question quand, à la suite de ses premiers pas, on délaisse les tapis colorés et les mobiles à miroirs. Pourquoi s’agiter les baguettes plus tard alors ?

J’en conviens, débuter sa vie d’adulte amène son lot de responsabilités, de stress, de tensions dans les trapèzes. Les pressions sociales, les amis qui font des bébés, les publicités sur l’épargne-retraite, l’hypothèque, la bedaine, la mini-van… on a tendance à voir ça comme des cordes qui nous attachent, des boulets qu’on traine. On est condamner à vieillir, certes, mais la manière dont on le fait ne dépend que de nous.

Je ne peux plus me coucher à 5h du matin pour me relever 45 minutes plus tard. En quoi est-ce que ça m’empoisonne la vie, au fond ? En rien du tout. Il y a un aspect physiologique qui rend l’action difficilement réalisable mais il y a, avant tout, un désir personnel de ne plus avoir ce genre de vie. Ce n’est pas parce que j’en suis incapable que j’ai cessé, c’est parce que j’en tout simplement perdu l’intérêt. Ce n’est pas parce que j’ai passé l`âge, c’est que le goût est parti.

Parce qu’ultimement, je ne crois pas qu’il y ait un âge pour cesser une activité quelconque. J’aime encore me rouler dans les feuilles d’automne, j’aime encore que ma mère me fasse des tresses, j’aime encore écouter ma grand-mère, j’aime encore regarder des films de Disney, j’aime encore jouer au ballon-chasseur, j’aime encore passer la nuit à rire avec les copines. J’ai vieilli, je n’ai pas changé de personnalité. J’aimais le chocolat chaud à 5 ans, j’aime encore le chocolat chaud. Je m’énervais à la première neige à 6 ans, je me suis énervée à la première neige à 17 ans et je me suis énervée à la première neige la semaine dernière.

Je pense qu’on associe vieillir avec devenir beige. Ça, ça peut faire peur. Mais ce n’est pas l`âge qui est en cause, c’est sa capacité à se battre pour ses convictions.

On a aussi tendance à voir tout ce qu’on ne peut plus faire – et encore là, ces barrières, elles viennent d’où ? – plutôt que de regarder le buffet qui nous attend.

Donc, même si j’avais la capacité de me coucher à 5h du matin à tous les jours, je ne le ferais pas nécessairement. Ou, je l’utiliserais pour autre chose, poursuivre un projet, planifier mon prochain voyage, me taper des séries télé…

J’ai vieilli, j’ai changé. Je suis plus sage dans la prise de décision (parfois !) mais je ne suis pas nécessairement plus sage. Avec le temps, je me suis précisée, je me suis définie. La phase d’exploration personnelle tire à sa fin mais il me reste encore le monde à explorer. Le temps des grandes folies se termine mais les folies du quotidien perdurent. La vie commence, quand on y pense. Il me reste beaucoup plus d’années devant qu’il y en a derrière.

La vingtaine, c’était chouette, c’était chaotique, c’était explosif ! Je ne voudrais pas la revivre, je l’ai fait déjà ! Qu’on m’amène de la nouveauté, des défis inconnus, qu’on me déstabilise. Les pantoufles c’est bien, mais les échasses, c’est plus excitant !

Le monde et les temps changent, qu’ils disent. Et si on changeait pour le mieux ?

***

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Souce image: http://weheartit.com/entry/18329594

2 Commentaires to “chronique Canal M – Changer en vieilissant”

  • Ce Cher P.

    J’aime.

    Peut-être qu’on vois trop la vie comme un bon livre qu’on lit…

    On est tout fou tout content quand on se le procure…

    On accroche et veux en découvrir plus, le lire davantage, plus vite les premiers chapitres…

    On embarque dans l’histoire, on l’apprécie, on s’en fait une routine et content d’en lire un bout chaque soir, on le savoure au coeur de l’histoire…

    On commence à s’inquiéter mais l’intrigue n’est pas résolue, on sent qu’il y a plus de pages de passées et on commence à voir la fin, l’ayant tellement aimé on est un peu triste dans les derniers chapitres…

    On est triste mais apprécie d’avoir savouré ce bonheur de passer au travers, d’avoir compris et appris, de capter le sens de l’histoire une fois les dernières pages tournées…

    Mais j’aime mieux ta vision. Si on prenait le temps de l’écrire notre livre au lieux de s’encombrer d’une histoire toute faite? Plus besoin de s’inquiéter de l’arriver de la fin de l’histoire…elle finira quand elle finira ou simplement quand je finirai… D’ici là oui changeons et pour le mieux puisque l’histoire doit continuer et évoluer elle aussi.

    Vite les échasses, de toute façon toute cette vie est un cirque!

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