31st Dec2011

2012: mes 30 ans et la fin du monde.

by Nancy

 

Le 21 décembre prochain, nous allons tous mourir selon les Mayas ou selon ceux qui préfèrent penser que les Mayas ont prédit la fin du monde plutôt que d’adhérer à ma théorie du gars qui en avait juste marre de le faire, le calendrier. Donc, il nous resterait un peu moins d’une année à vivre; une sentence de mort pré-maturée étendue à l’ensemble de l’humanité.

On a tous déjà joué au jeu du “tu ferais quoi s’il te restait une année à vivre”. Mais là, c’est peut-être vrai. Il y a des chances que les semaines à venir soient les dernières, qu’on arrive au bout. Certains feront le tour du monde, mangeront jusqu’à exploser, écouteront tous les films de Hugh Grant… À chacun sa manière de vivre sa fin du monde.

Le facteur certitude n’étant pas dans le tapis, je vais éviter de dilapider mes économies, au cas où. Par contre, puisque je vais peut-être être morte dans un an, ça vaudrait la peine que je me tape une année record pour mes 30 ans. Une année forte en émotions et belle en projets. Une année qui me fera rire et pleurer mais que je vivrai pour vrai. Le tour du monde, je le ferai en 2013, quand je serai surexcité d’être encore en vie et que j’aurai une épiphanie qui me fera croire que l’univers m’a donné une deuxième chance. Pareil pour les films de Hugh Grant.

Avant de mourir, je voudrais regoûter à l’amour qui sent l’hiver sur les joues et qui chatouillent les plis poplités. L’amour qui fait boum. L’amour qui fait que le temps passe trop ou pas assez vite. L’amour qui transforme une tranche de pain doré en caresse. L’amour qui danse dans le salon, pieds nus, sans raison. L’amour qui se blotti. L’amour qui fait que les yeux voient différemment. L’amour qui goûte l’amour, qui sent l’amour, qui touche l’amour. Si j’suis condamnée à mourir, j’aimerais partir en chuchotant des mots plein de coeurs.

Avant de mourir, je voudrais que mes mots se retrouvent imprimés sur du papier, reliés dans une couverture et bien placés sur des tablettes. J’aimerais que mes mots, comme des flocons de neige, se posent sur les gens. J’aimerais que plein plein plein de mes mots terminent d’écrire cette histoire et que ce soit assez un peu l’fun à lire pour qu’ils disparaissent de chez les libraires. Si j’suis condamnée à mourir, j’aimerais partir avec pas tous mes mots.

Avant de mourir, j’aimerais courir beaucoup et longtemps. J’aimerais faire avaler de l’asphalte, de la garnotte, de la gadoue et de la pluie à mes semelles de souliers de course. J’aimerais sentir que je me dépasse, que je me pousse. J’aimerais avoir mal aux cuisses, respirer régulièrement, avoir chaud. Les 10km faits l’été dernier me prépareront au demi-marathon pré-fin du monde. Si je suis condamnée à mourir, j’aimerais le faire après avoir couru 21,1km.

En 2012, je veux aimer, écrire et courir. Facile de même. Parce que pour le reste, la santé, le bonheur, la famille et les amis, je suis déjà plus que comblée.

Bonne année !

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23rd Dec2011

Chronique Canal M – Changer pour rien au monde

by Nancy

 

J’aime profondément le temps des Fêtes. Dépassé le cap du 20 décembre, j’ai 5 ans pendant deux semaines. Je suis hyperactive, j’ai toujours des choux dans les cheveux, je me parfume à la cannelle et je déjeune à la farce. Dans mon micro-appartement, j’ai un sapin, des lumières et même un village de Noël. J’ai accroché mon bas à une poignée de porte parce que je n’ai pas de cheminée.

 

Je ne suis pas de celle qui fête Noël dans l’excès, qui installe des décorations gonflables sur son balcon de 4 pieds par 4 pieds ni qui dépense des sommes titanesques en cadeaux. J’aime un Noël sobre dans son enveloppe mais démesuré dans sa magie

 

Je me réjouis de décorer l’arbre en famille, de marcher dans les rues et de voir les lumières colorése, de faire des bonhommes en pains d’épices, d’envelopper les cadeaux que j’ai toujours plus hâte de donner que de déballer ceux que je recevrai. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est qu’à chaque année, toute ma famille se réunie chez ma mère pour célébrer. Une tradition qui perdure pour mon plus grand bonheur.

 

J’ai la chance d’avoir une grande et belle famille unie. J’ai quatre frères et trois demi-frères, cinq cousines, un cousin et une petite cousine toute neuve. Tout ce beau monde a bien entendu parents et conjoints. Lors du réveillon, nous sommes toujours une trentaine. Plus les années passe, plus nous sommes nombreux.

 

Même si certains d’entre nous ne se sont pas vus pendant l’année, nous savons tous que nous serons réunis pour fêter Noël. Chaque année, je retrouve les cousines avec qui j’ai passé tous mes étés en grandissant. J’écoute ma grand-mère nous parler de ce qui se faisait dans son temps. Je mange les tourtières que ma mère a commencé à préparer en septembre. Ma cousine joue du violon, le père de mon beau-père nous donne son point de vu sur… n’importe quel sujet, finalement ! J’essaie, en douce, de soutirer des informations croustillantes à mes jeunes frères après leurs deuxième bières. Je fais des complots pour rapporter des desserts en douce,

 

Pendant le réveillon, je prends souvent un pas de recul, pour observer l’ensemble, comme je le fais dans ma classe. Tout le monde sourit, mange, chante, dit des niaiseries. Et chaque fois, je me trouve chanceuse. C’est peut-être cliché tout ça, mais je me sens toujours privilégiée d’avoir cette famille-là.

 

Je mentirais en disant que nous fêtons religieusement la naissance du Messie. Il nous arrive d’aller à la messe de minuit, plus parce que nous en avons envie que pour aller prier avec dévotion. Nous y assistons pour les chants, l’odeur et l’ambiance solennelle  et frénétique qui virevolte dans l’église, comme la neige le fait à l’extérieur. Et ça fait plaisir à ma grand-mère.

 

Ce que nous fêtons en fait, c’est le bonheur d’être ensemble, d’avoir une aussi grande famille alors qu’elles ont tendance à rétrécir avec le temps. La nôtre est grande et compliquée mais riche et aimante.

 

Je trouve rassurant de savoir que ma famille existe et qu’elle est telle qu’elle est. Qu’elle sera là quand j’aurai des mini-moi. Qu’ils vivront avec moi cette belle magie, qu’ils mangeront des boules rouge à la noix de coco, qui se feront bercer par les chants que mon grand-père a gravé dans nos mémoires, qu’ils gigueront quand ma cousine jouera du violon. En plus, eux aussi auront une grand-maman magique !

 

 

Je vous souhaite un Noël aussi lumineux que le mien, entouré de la famille que vous voulez, que ce soit celle qui vous a été imposée ou celle que vous avez choisi. Je vous souhaite de vous arrêter et de prendre de temps d’absorber cet amour qui danse entre 2 bouchées de dinde, de remarquer comme c’est beau de voir quelqu’un rire de bon cœur, comme c’est doux la musique des chants. Je vous souhaite de passer un Noël scintillant et sans démesures, un Noël où ce qui compte, c’est le bonheur d’être ensemble.

19th Dec2011

Chronique Canal M – Changer d’oreilles

by Nancy

J’ai récemment passé un week-end entier avec des adolescentes de 16 ans. Des petits bouts de femmes articulées et fonceuses qui ont une opinion sur plusieurs sujets d’actualité, questionnent certaines politiques gouvernementales, tente de se positionner devant des enjeux de société. Elles deviendront, j’en suis certaine,  de belles femmes accomplies dans quelques années.

Si elles peuvent poser un jugement sur l’environnement ou se questionner sur l’avortement, elles sont, en ce qui concerne les relations hommes-femmes et la sexualité, dans le noir foncé. Mais dans le très, très foncé.

Elles sont dans ce moment de l’adolescence où hormones et sentiments s’amalgament en elles sans qu’elles aient le moindre mot à dire. Elles tombent amoureuses et tombent de désir. Il est troublant de voir qu’encore aujourd’hui, on peut mélanger les deux.

Tour à tour, elles m’ont posé des questions, voulant s’assurer qu’elles étaient bien normales, qu’elles n’allaient pas gaffer avec leur prétendant, qu’elles étaient au courant. J’ai reçu ces questions sans juger en répondant calmement que non, un examen gynécologique, ce n’est pas génial et que oui, on peut traîner des condoms dans son sac même si on est une fille.

Ai-je précisé que c’était la première fois que je rencontrais ces demoiselles et que les questions se sont mises à jaillir que 7 ou 8 heures après nos présentations ?

J’ai donc écouté et répondu au meilleur de ma connaissance. Donner des conseils et des exemples précis. J’ai aussi levé le ton. Fort. En tapant du pied, même. J’ai pris ma maigre expérience de femme et je m’en suis fait un cheval de bataille.

« Tu ne comprends pas, si je ne couche pas avec lui bientôt, il va me laisser. Si je couche avec lui bientôt, il va m’aimer plus ».

Non.

Non.

Les filles, non.

Elles ont 16 ans et sont plus avancées sexuellement que plusieurs de ma génération. Elles ont fait des trucs qui, quand j’avais moi-même 16 ans, n’auraient jamais traversé mon esprit. Malgré leurs expériences, la fameuse première fois leur semble encore comme la fin du monde. Il y a, malgré tout, des choses qui ne changent pas.

C’est là que j’ai compris.

Ces belles filles intelligentes et articulées ont reçu leur éducation sexuelle par Internet et Occupation Double. Pour elles, on vise rapidement les rapprochements, on marque des points quand on se déshabille un peu, on devient un coup de cœur quand on expérimente contre son gré. Pour ces belles filles fonceuses et fières, l’amour passe par le sexe et non par l’amour lui-même. Jamais elles ne m’ont posé des questions concernant « faire l’amour ». Elles m’ont posé des questions sur l’acte, avec des termes crus, directs, vulgaires, le tout avec une innocence déstabilisante compte tenu des termes choisis. Les mots utilisés sont  violents, mais la peur et le doute le sont tout autant.

À toutes les belles filles fortes et brillantes, je le répète : perdre vos vêtements ne vous fera pas gagner l’amour. Dire oui quand votre corps et votre cœur disent non ne vous assurera en rien le bonheur. Vous entendrez beaucoup d’arguments au cours de votre vie pour vous convaincre de laisser glisser une main sous votre robe; aucun d’entre eux n’a le poids du respect que vous méritez.

Occupation Double, ce n’est pas la vraie vie. La vraie vie, c’est moins planifié et beaucoup plus le fun !

L’adolescence est une sale période. On l’entend depuis les dernières semaines avec le triste drame de Marjorie. De partout fusent les idées de stratégies, les « il faut que ça cesse » et les « on passe tous par là, du calme ». Au-delà des plans d’interventions, je pense qu’il faut commencer par écouter la jeunesse et leur offrir une oreille attentive dans un espace de non-jugement. Si 8 complètes inconnues se sont tournées vers moi pour poser leurs questions les plus intimes, pour étaler leurs peurs les plus profondes, c’est que les oreilles n’étaient pas disponibles en vrac dans leur entourage.

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VERSION AUDIO DISPONIBLE ICI

 

09th Dec2011

Chronique Canal M – Changer le système

by Nancy



C’est dans l’air : on a besoin de changement. Si ce n’est pas le mouvement Occupy, ce sont les intentions de vote, l’envie d’éclaircir les mystères de la collusion ou la recherche de valeurs plus humaines. Il y a, à l’heure actuelle, une réelle volonté de faire bouger les choses, de cesser de surfer sur la vague de la Révolution tranquille qui, faut-il se le rappeler, a fêté son cinquantième anniversaire.

Un des changements majeurs qui bat son plein dans l’actualité depuis déjà quelques années concerne notre système d’éducation. L’abolition des commissions scolaires, l’évaluation des enseignants, le réaménagement des structures, le pouvoir aux écoles… Des termes qui s’impriment sur les pages de nos journaux et dont mes collègues enseignants et moi nous demandons bien où cela va bien pouvoir nous mener.

J’entends, trop souvent, des parents répéter à qui veut bien l’entendre que les difficultés scolaires de leurs enfants ne relèvent pas directement de leur progéniture, mais bien des enseignants cancres qui leur enseignent. J’entends aussi, trop souvent, certains collègues étaler sur la place publique leur opinion sur l’état végétatif de leurs élèves et leur capacité titanesque à la paresse. Selon moi,  le ratio personne stupide – personne non stupide d’une population est représentée parfaitement dans une école. L’école n’est-elle pas une micro-société, après tout ?

Oui, il y a de mauvais enseignants, comme il y a de mauvais coiffeurs, de mauvais cardiologues et de mauvais conducteurs. Est-ce que tous les coiffeurs sont mauvais ? Non. Est-ce que tous les enseignants sont des êtres imbéciles qui ont choisi ce métier parce qu’ils passent leur temps en vacances et donc, qu’ils ne veulent pas travailler ? Non plus.

Dans le même ordre d’idée, il y a aussi des élèves moins évidents, plus paresseux, moins respectueux, éprouvant des difficultés. Comme il y a des adultes moins évidents, plus paresseux, moins respectueux qui éprouvent des difficultés. Le ratio est conservé. La vie dans une école est représentative de la vie à l’extérieur. Être enseignant ne veut pas dire être un tyran désabusé, être un élève ne signifie pas être un grand flan mou désintéressé.

Il ne faut pas oublier que l’action d’enseigner c’est avant tout d’entrer en relation avec ses élèves. Nous sommes des êtres humains qui travaillons avec des êtres humains. Ce qui fonctionne pour Julie ne fonctionne pas nécessairement pour Charles.

Au-delà des qualités et compétences des enseignants et de la volonté d’apprendre des élèves, il y a un système qui doit être révisé. Tout débute avec la formation qui, avec les réalités actuelles, ne fournit pas aux enseignants tous les outils nécessaires à l’atteinte du potentiel maximal de chacun de leurs élèves. Nous évoluons dans un système d’éducation où les élèves éprouvant des troubles divers (d’apprentissage, comportementaux ou autres) sont intégrés dans les classes. Seuls les enseignants en adaptation scolaire possèdent les connaissances requises à leur sortie de l’université. Selon moi, chaque enseignant devrait être formé en adaptation scolaire et se spécialiser dans sa matière de prédilection.

Ensuite, le recrutement. Chaque année, des centaines d’enseignants vont s’asseoir dans différents gymnases à travers la province, avec leur petit numéro, et attendent leur tour pour choisir une tâche qui colle plus ou moins à leur champ d’expertise. Les plus chanceux débarqueront ensuite dans leur nouveau milieu de travail et iront rencontrer leur supérieur immédiat – la direction – après avoir été embauchés. La compétence de l’enseignant, son expérience générale et surtout sa personnalité (je le répète, nous travaillons avec des humains) ne compte pas. Son numéro sur la liste oui. C’est comme aller à l’abattoir. En peut-être un peu plus stressant.

Puis, il y a les réalités sur le terrain. Prenons en exemple un collègue qui enseigne Éthique et culture religieuse. Pour avoir une tâche complète, il doit enseigner à 18 groupes de 36 élèves, soit à 648 élèves. Six-cent-quarante-huit élèves ! Peut-on lui en vouloir de ne pas être entré en relation avec chacun d’eux ?

Je pourrais poursuivre sur les commissions scolaires qui coûtent trop cher, du manque de ressources dans les écoles, des directions qui n’ont malheureusement pas un réel pouvoir, sur les permanences non transférables, sur les salaires, sur la relation enseignant-parent, sur l’opinion publique, sur le dénigrement de la profession, sur beaucoup de choses, finalement. Le système d’éducation a besoin d’être repensé, revu, corrigé.

Il y a, dans chacune des écoles du Québec, des enseignants passionnés qui aiment profondément leur métier, qui passent des heures à planifier, réfléchir, comprendre comment aller chercher l’attention des élèves plus réfractaires. Des enseignants qui ont des papillons dans le ventre à la rentrée, qui se préparent des semaines d’avance pour être fins prêts pour ce blind-date avec leurs nouveaux élèves. Il y a, dans chacune des écoles, des enseignants qui croient à ce qu’ils font, au potentiel des jeunes, à la possibilité de les faire progresser. Il y a, dans chacune de nos têtes, le souvenir d’au moins un enseignant qu’on aimait don’.

Il y a, dans chacune des écoles, des élèves qui ont une soif d’apprendre, qui s’intéressent à leur milieu, qui s’implique dans la vie étudiante. Il y a, dans chaque classe, des élèves au sens de l’humour attachant, qui ont des idées, une opinion, des projets. Il y a, dans la tête de chaque enseignant, des dizaines de souvenirs d’élèves qu’ils aimaient don’.

Il est temps d’offrir à ces enseignants et à leurs élèves les moyens et les conditions nécessaires à la réussite.

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02nd Dec2011

chronique Canal M – Changer en vieilissant

by Nancy

Il y a un brouillard, un épais nuage qui entoure le concept de vieillir. Les magazines féminins offrent toutes sortes de trucs pour vieillir en beauté. La littérature nous offre des personnages d’hommes trentenaires qui ont peur de vieillir et de passer à côté de leur vie.   On essaie de mettre un frein, une pause, de jouer à la statue avec le temps. Peu importe le nombre de petits pots de crème ou de tournoi de dards qu’on a sous la cravate, le temps finira par faire son effet et les chandelles continueront à s’accumuler sur les gâteaux de fête.

Mon frère m’a révélé récemment qu’il referait en boucle sa décennie entre 15 et 25 ans. Un ami me disait cette semaine qu’il avait peur de vieillir. Un collègue m’a dit en dînant ce midi « J’ai 35 ans, c’est fini, je suis un adulte ». Le constat ambiant : vieillir est négatif.

Je ne suis pas d’accord. Bon, je n’ai pas 89 ans, je ne suis pas malade, je suis encore autonome. Si on tend bien les oreilles, ce ne sont pas les personnes âgées qui paniquent, ce sont les jeunes trentenaires et ceux qui vivent en banlieue de cet âge. Comme si avancer en âge allait tout changer, comme s’ils allaient se perdre. « On change en vieillissant… » Oui, mais ce n’est pas nécessairement négatif.

Il est vrai que je ne peux plus me coucher à 5h du matin et me réveiller fraîche et dispose 45 minutes plus tard pour entamer ma journée. Plusieurs ne peuvent plus avaler les mêmes quantités d’alcool. Porter certains vêtements devient questionnable. Effectivement, certains trucs changent, mais personne ne fait de crise existentielle à 12 ans quand il est temps de ranger les Barbies et les G.I Joe. Personne ne se remet en question quand, à la suite de ses premiers pas, on délaisse les tapis colorés et les mobiles à miroirs. Pourquoi s’agiter les baguettes plus tard alors ?

J’en conviens, débuter sa vie d’adulte amène son lot de responsabilités, de stress, de tensions dans les trapèzes. Les pressions sociales, les amis qui font des bébés, les publicités sur l’épargne-retraite, l’hypothèque, la bedaine, la mini-van… on a tendance à voir ça comme des cordes qui nous attachent, des boulets qu’on traine. On est condamner à vieillir, certes, mais la manière dont on le fait ne dépend que de nous.

Je ne peux plus me coucher à 5h du matin pour me relever 45 minutes plus tard. En quoi est-ce que ça m’empoisonne la vie, au fond ? En rien du tout. Il y a un aspect physiologique qui rend l’action difficilement réalisable mais il y a, avant tout, un désir personnel de ne plus avoir ce genre de vie. Ce n’est pas parce que j’en suis incapable que j’ai cessé, c’est parce que j’en tout simplement perdu l’intérêt. Ce n’est pas parce que j’ai passé l`âge, c’est que le goût est parti.

Parce qu’ultimement, je ne crois pas qu’il y ait un âge pour cesser une activité quelconque. J’aime encore me rouler dans les feuilles d’automne, j’aime encore que ma mère me fasse des tresses, j’aime encore écouter ma grand-mère, j’aime encore regarder des films de Disney, j’aime encore jouer au ballon-chasseur, j’aime encore passer la nuit à rire avec les copines. J’ai vieilli, je n’ai pas changé de personnalité. J’aimais le chocolat chaud à 5 ans, j’aime encore le chocolat chaud. Je m’énervais à la première neige à 6 ans, je me suis énervée à la première neige à 17 ans et je me suis énervée à la première neige la semaine dernière.

Je pense qu’on associe vieillir avec devenir beige. Ça, ça peut faire peur. Mais ce n’est pas l`âge qui est en cause, c’est sa capacité à se battre pour ses convictions.

On a aussi tendance à voir tout ce qu’on ne peut plus faire – et encore là, ces barrières, elles viennent d’où ? – plutôt que de regarder le buffet qui nous attend.

Donc, même si j’avais la capacité de me coucher à 5h du matin à tous les jours, je ne le ferais pas nécessairement. Ou, je l’utiliserais pour autre chose, poursuivre un projet, planifier mon prochain voyage, me taper des séries télé…

J’ai vieilli, j’ai changé. Je suis plus sage dans la prise de décision (parfois !) mais je ne suis pas nécessairement plus sage. Avec le temps, je me suis précisée, je me suis définie. La phase d’exploration personnelle tire à sa fin mais il me reste encore le monde à explorer. Le temps des grandes folies se termine mais les folies du quotidien perdurent. La vie commence, quand on y pense. Il me reste beaucoup plus d’années devant qu’il y en a derrière.

La vingtaine, c’était chouette, c’était chaotique, c’était explosif ! Je ne voudrais pas la revivre, je l’ai fait déjà ! Qu’on m’amène de la nouveauté, des défis inconnus, qu’on me déstabilise. Les pantoufles c’est bien, mais les échasses, c’est plus excitant !

Le monde et les temps changent, qu’ils disent. Et si on changeait pour le mieux ?

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