Fais-moi mal, Johnny
On grandit, on perd notre innocence d’enfant et on réalise que les contes de fées quittent rarement le monde littéraire. Un des premiers fantasmes féminins qui prend le bord, c’est le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il arrive qu’on ait beaucoup d’enfants, mais ils n’auront pas obligatoirement le même père et le prince du départ se sera irrémédiablement changé en crapaud véreux.
Bon nombre de jeunes et jolies (et peut-être même des moins jeunes et des moins jolies) femmes déjeunent à l’amertume et au cynisme, tous les matins, et révèlent, à qui veut bien l’entendre – ou à qui passe malencontreusement par là – que tous les hommes sont des salauds profiteurs et autres qualificatifs remplis de positif, de fleurs et de souris qui se mettent à la couture. Pourtant, il y a quelques semaines à peine, elles avaient trouvé L’HOMME, le vrai, celui qu’elles attendaient, leur prince charmant. Que se passe-t-il entre le moment où le gars est un champion mondial de l’amour et celui où il mérite d’être exposé dans un lieu public avec la mention « Restez aux aguets, ils sont parmi nous » d’accrochée au cou ?
(Avant d’aller plus loin, il est bon de se rappeler que le prince charmant n’existe pas. Pas plus que sa version féminine. Ne jouons pas à l’autruche les filles, aucune d’entre-nous ne sort du lit, le cheveu lisse et l’oeil pétillant, avec une envie de faire jouir notre homme en cuisinant du pain doré aux bleuets, pendant qu’il nous jase de son pool de hockey pour lequel notre intérêt se décuple exponentiellement.)
Quand le cœur affiche une brèche, les parasites font la file pour la colmater. Il arrive que la demoiselle en mal d’amour s’accroche au premier prétendant lui faisant de l’œil et le transforme mentalement en trésor national. Il ne sera pas celui qu’elle attendait, mais sur le coup, elle se convaincra que oui.
C’est dans des moments similaires qu’on se met à accepter n’importe quoi comme comportement venant de l’autre. Des insultes dites à découvert, des week-ends passés à « travailler », des retards qui frôlent le ridicule, des critiques désobligeantes, des oublis, des messages laissés sans réponse par peur de se compromettre, des « c’est pas c’que tu penses ». J’ai récemment entendu une femme avouer à une amie que l’homme qu’elle fréquentait lui avait offert des vis pour Noël. DES VIS. Une boîte de vis déjà entamée. « Il m’a dit que c’était toujours pratique des vis ». Yeah, right… On endure, et on endure. Au nom de quoi ? L’amour ? Naaahhh… l’amour, c’est pas ça. Si c’est ça, j’ai mal compris.
Il y a une nette différence entre faire des compromis pour faire avancer son couple et des sacrifices pour ne pas être seul. Le compromis, par définition, est mutuel. Le sacrifice, non.
Faire des compromis, jouer en équipe avec son amoureux pour amener son couple là où il mérite de l’être – dans le bonheur – c’est honorable. Se tenir la main, s’épauler, retrousser ses manches dans les périodes plus difficiles pour atteindre un but commun, c’est ce qu’on souhaite tous (j’ose espérer). Par contre, quand le compromis se transforme en sacrifice, on perd la notion de partenariat, d’entente réciproque, de labeur commun, de poursuite du bonheur.
En étant dans une relation où on fait toujours des sacrifices, on finit par se dénaturer à un point tel qu’il ne reste que l’ombre de sa personnalité. Il est facile de marcher sur une personne qui n’a plus de colonne et lui faire endurer tout ce qu’on veut en lui donnant de « l’amour » à petites doses. Quand on se retrouve encastré dans le plancher, on s’abreuve de la plus infime démonstration d’affection. Ce qui est encore plus triste, c’est que de se faire miroiter un semblant d’amour de la sorte nous motivera à endurer encore plusieurs comportements inadéquats. Un cercle vicieux ? À peine.
Est-ce la trop grande envie de faire comme tout le monde, la pression des amies en couple, heureuses et enceintes, les matantes qui posent des questions qui incitent une femme intelligente à se transformer en guimauve ? Allez savoir. Ce que je sais, c’est que c’est trop fréquent et qu’il n’en résulte que des filles désillusionnées et des gars à la réputation de charognards. Que du beau.
Je me demandais en préambule ce qui se passait entre le moment où le mec rencontré était un héros et celui où il devenait un déchet. J’ose espérer que c’est parce que la fille s’est ouvert les yeux et qu’elle a réalisé que cette situation ni queue ni tête ne lui convenait pas. Malheureusement, c’est trop souvent parce que le gars a lui-même mis fin à cette « relation » qu’il est relayé au titre de piment. On le voit comme une peur de l’engagement, comme de l’injustice… on est même souvent prête à le supplier de rester en lui promettant qu’on fera plus d’effort. Ce qu’on peut faire quand on n’a pas de colonne…
Un truc : pour arrêter de se faire traiter en merde par des maillets, il faudrait peut-être arrêter de les laisser entrer dans sa vie par la grande porte. Si on choisissait au lieu de se laisser choisir ?
On s’est dit des milliers de fois qu’on ne le ferait pas, qu’on ne s’infligerait pas une relation qui ne cadre pas à nos besoins et nos désirs. Pourtant, on le fait au moins une fois. On a deux choix : avaler de l’amertume au déjeuner ou accepter qu’on ne soit pas Cendrillon et qu’aucune souris ne confectionnera sa robe de bal. Moi j’opte pour l’option deux. En plus, les souris, ça m’écoeure un peu.

Haa! Parfois je me dis que si je m’étais appelé Johnny….
Curieux comment l’illusion du bonheur que l’on se donne sur le premier ou la première venu qui semble correspondre à notre idéal non? C’est lorsque l’on écoute notre imagination plutôt que notre cœur et notre raison je crois que l’on se fout la canisse autour du pied… Mauvaises nouvelles êtres de Vénus. Beaucoup de vos « Yogis » sont dans la même situation et l’illusion du bonheur ou de la princesse parfaite est aussi éphémère que pour plusieurs d’entre vous.
Je n’excuse pas les hommes de premières lignes qui ne sont là que pour la chasse et compter les conquêtes advienne que pourra. Disons qu’en ce sens, il y a de ces gentes dames, gentes sous entends un certain sarcasme, dont les « money trackers » qui ont une tendance essai-erreur sans trop savoir qu’est-ce qu’elles cherchent vraiment. Ceci dit, de part et d’autres ce sont les plus expérimentés et ceux compilent les trophés qui nous emprisonnent dans leurs mailles de filet au tout début.
Mais pourquoi tout à coup ce superhéros d’homme, cet être qui rends aveugle cette jeune perle prête à sauter dans le collier, devient-il le commun des mortels, celui qui n’est pas l’ombre de ce que la dame aurait espérée? L’envie de plaire et l’imagination de son idéal, du moins celui que l’on se fait raconter depuis toujours.
Mais voilà que la simple solution de se laisser choisir ne règlera rien à mon avis. Il en est déjà trop de chaque planète ayant déjà optés pour cette option… Résultats, autant de monde qui attend de se faire choisir se ramasse seul dans leur coin à attendre. Seul divertissement, la vision d’une convention de maillets et de mailloche qui se couraillent à qui mieux mieux question de gonfler leur record de capture. Et disons que de l’œil de l’observateur(trice) en attente de se faire choisir n’aura que tendance à se sentir de plus en plus seule et de se faire croire que dans le fond ça doit être ça l’amour.
J’exagère? Peut-être, mais quand un grand tombeur de connaissance un jour te lâche une phrase comme : « Mon Cher P. tu sais, si tu veux gagner le cœur de ta princesse (car oui selon lui elle existe) tu dois jouer ce Johnny brise-cœur. Ce mec à l’attitude dur, ce mauvais garçon qui lui donnera soif d’aventure, celui qu’elle croira au-dessus de tout, celui qui fait valser le mystère, la tendresse, et qui lui fait miroiter la vie de princesse. Du coup tu l’auras. Si tu veux la garder ensuite, écoutes-là, redevient toi-même, mais doucement, autrement elle aura peur de constater qu’elle a entre les mains ce qu’elle cherchait vraiment et elle s’enfuira. Ou alors, hé bien monte toi un beau compte en banque! Haha! Mais prends garde, tu risqueras d’aimer le sentiment de plaire facilement de te faire prendre pour le super-homme, le tombeur et peut-être alors voudras-tu seulement en rester là…comme moi. ».
Pas de doute que ces grands chasseurs sont à l’affut de proies faciles. Se laisser choisir vraiment?? Alors, je dirais non pas de se laisser choisir, mais savoir choisir mieux. Laissez-les parfois sur leur faim, n’embarquez pas tout de suite sur le cheval de ces pseudo-princes en fait guerrier en quête de jeune fleurs fragiles. Le vrai conquérant sera celui qui s’aura s’acharner et être celui qui est vraiment. Il saura prendre son temps. La guerre se gagne une bataille à la fois, l’amour se gagne un plaisir à la fois.
Une marche de plus de 10 000km commence tout de même par un simple pas. Alors pourquoi tenter de voir l’arrivée sans avoir même pris le temps d’apprécier chaque pas qui nous y mène? Chaque instant de ce long chemin nous amènera à voir la destination d’un autre œil que l’idée de départ. La destination est-elle si importante? Qu’est-ce qui se passe un fois rendu? Si cette recherche du prince et de la princesse était semblable? Bâtir sa propre histoire plutôt que de copier celle de cendrillon et de ses souris.
Ha… si je m’étais appelé Johnny, peut-être que j’m’en fouterais de tout ça et que j’me plaierais bien seulement à chasser! Peut-être…
2 mots mon amie
à point !!!
Bonne journée
xx