Mon plancher
Il fait froid dehors. Ça refroidit mon plancher. J’aimerais ça que mon plancher soit fabriqué avec la peau de ton ventre quand tu dors parce que quand tu dors, ton ventre est chaud. J’aurais jamais besoin d’enfiler mes bas.
Il fait froid dehors. Ça refroidit mon plancher. J’aimerais ça que mon plancher soit fabriqué avec la peau de ton ventre quand tu dors parce que quand tu dors, ton ventre est chaud. J’aurais jamais besoin d’enfiler mes bas.
Tu mangeais de la croustade aux pommes, pour déjeuner, torse nu, dans ma cuisine. Je trouvais ça beau de te voir manger à même le pyrex. Ton jeans n’était pas attaché, je pouvais deviner le motif sur ton caleçon. Tu m’as demandé si j’avais du lait, j’en avais pas, t’as fait un bruit de bouche qui sonnait comme « bon, ben, c’est pas grave » et t’es allé dans la douche. Pendant ce temps là, j’ai mis ta cuillère dans ma bouche et j’ai eu l’impression de t’embrasser un peu en goûtant ta salive sur le métal froid. J’ai eu envie d’aller te rejoindre mais j’avais trop peur que tu réagisses mal. J’ai pris une autre bouchée de croustade, j’ai inspiré dans ton t-shirt et je t’ai demandé de barrer la porte quand t’allais partir. En route vers l’arrêt d’autobus, je chantais la chanson des Smiths qui joue toujours dans ton auto et qui dit que de mourir à côté de toi c’est don’une manière céleste de mourir.
S’il y avait une formule magique pour transformer ton torse, les Smiths et la croustade aux pommes en couple qui s’aime, je pense que je me la tatouerais dans la face.
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On grandit, on perd notre innocence d’enfant et on réalise que les contes de fées quittent rarement le monde littéraire. Un des premiers fantasmes féminins qui prend le bord, c’est le fameux « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Il arrive qu’on ait beaucoup d’enfants, mais ils n’auront pas obligatoirement le même père et le prince du départ se sera irrémédiablement changé en crapaud véreux.
Bon nombre de jeunes et jolies (et peut-être même des moins jeunes et des moins jolies) femmes déjeunent à l’amertume et au cynisme, tous les matins, et révèlent, à qui veut bien l’entendre – ou à qui passe malencontreusement par là – que tous les hommes sont des salauds profiteurs et autres qualificatifs remplis de positif, de fleurs et de souris qui se mettent à la couture. Pourtant, il y a quelques semaines à peine, elles avaient trouvé L’HOMME, le vrai, celui qu’elles attendaient, leur prince charmant. Que se passe-t-il entre le moment où le gars est un champion mondial de l’amour et celui où il mérite d’être exposé dans un lieu public avec la mention « Restez aux aguets, ils sont parmi nous » d’accrochée au cou ?
(Avant d’aller plus loin, il est bon de se rappeler que le prince charmant n’existe pas. Pas plus que sa version féminine. Ne jouons pas à l’autruche les filles, aucune d’entre-nous ne sort du lit, le cheveu lisse et l’oeil pétillant, avec une envie de faire jouir notre homme en cuisinant du pain doré aux bleuets, pendant qu’il nous jase de son pool de hockey pour lequel notre intérêt se décuple exponentiellement.)
Quand le cœur affiche une brèche, les parasites font la file pour la colmater. Il arrive que la demoiselle en mal d’amour s’accroche au premier prétendant lui faisant de l’œil et le transforme mentalement en trésor national. Il ne sera pas celui qu’elle attendait, mais sur le coup, elle se convaincra que oui.
C’est dans des moments similaires qu’on se met à accepter n’importe quoi comme comportement venant de l’autre. Des insultes dites à découvert, des week-ends passés à « travailler », des retards qui frôlent le ridicule, des critiques désobligeantes, des oublis, des messages laissés sans réponse par peur de se compromettre, des « c’est pas c’que tu penses ». J’ai récemment entendu une femme avouer à une amie que l’homme qu’elle fréquentait lui avait offert des vis pour Noël. DES VIS. Une boîte de vis déjà entamée. « Il m’a dit que c’était toujours pratique des vis ». Yeah, right… On endure, et on endure. Au nom de quoi ? L’amour ? Naaahhh… l’amour, c’est pas ça. Si c’est ça, j’ai mal compris.
Il y a une nette différence entre faire des compromis pour faire avancer son couple et des sacrifices pour ne pas être seul. Le compromis, par définition, est mutuel. Le sacrifice, non.
Faire des compromis, jouer en équipe avec son amoureux pour amener son couple là où il mérite de l’être – dans le bonheur – c’est honorable. Se tenir la main, s’épauler, retrousser ses manches dans les périodes plus difficiles pour atteindre un but commun, c’est ce qu’on souhaite tous (j’ose espérer). Par contre, quand le compromis se transforme en sacrifice, on perd la notion de partenariat, d’entente réciproque, de labeur commun, de poursuite du bonheur.
En étant dans une relation où on fait toujours des sacrifices, on finit par se dénaturer à un point tel qu’il ne reste que l’ombre de sa personnalité. Il est facile de marcher sur une personne qui n’a plus de colonne et lui faire endurer tout ce qu’on veut en lui donnant de « l’amour » à petites doses. Quand on se retrouve encastré dans le plancher, on s’abreuve de la plus infime démonstration d’affection. Ce qui est encore plus triste, c’est que de se faire miroiter un semblant d’amour de la sorte nous motivera à endurer encore plusieurs comportements inadéquats. Un cercle vicieux ? À peine.
Est-ce la trop grande envie de faire comme tout le monde, la pression des amies en couple, heureuses et enceintes, les matantes qui posent des questions qui incitent une femme intelligente à se transformer en guimauve ? Allez savoir. Ce que je sais, c’est que c’est trop fréquent et qu’il n’en résulte que des filles désillusionnées et des gars à la réputation de charognards. Que du beau.
Je me demandais en préambule ce qui se passait entre le moment où le mec rencontré était un héros et celui où il devenait un déchet. J’ose espérer que c’est parce que la fille s’est ouvert les yeux et qu’elle a réalisé que cette situation ni queue ni tête ne lui convenait pas. Malheureusement, c’est trop souvent parce que le gars a lui-même mis fin à cette « relation » qu’il est relayé au titre de piment. On le voit comme une peur de l’engagement, comme de l’injustice… on est même souvent prête à le supplier de rester en lui promettant qu’on fera plus d’effort. Ce qu’on peut faire quand on n’a pas de colonne…
Un truc : pour arrêter de se faire traiter en merde par des maillets, il faudrait peut-être arrêter de les laisser entrer dans sa vie par la grande porte. Si on choisissait au lieu de se laisser choisir ?
On s’est dit des milliers de fois qu’on ne le ferait pas, qu’on ne s’infligerait pas une relation qui ne cadre pas à nos besoins et nos désirs. Pourtant, on le fait au moins une fois. On a deux choix : avaler de l’amertume au déjeuner ou accepter qu’on ne soit pas Cendrillon et qu’aucune souris ne confectionnera sa robe de bal. Moi j’opte pour l’option deux. En plus, les souris, ça m’écoeure un peu.
Elle avait le même nom de famille que Macha, ça t’a charmé parce que tu tripais sur Scoop. L’espace d’un moment, tu t’es pris pour Roy Dupuis même si toi, les rivières, tu t’en sacres. Tu t’es senti mâle et viril parce que dans ses yeux ça disait “prends-moi, beau châtain” et que c’est rare les filles qui mouillent en pensant à un gars châtain. Pas que les gars châtains n’ont pas de talents ou manque de charme, juste parce que ça se dit mal “prends-moi, beau châtain”. Y’a une syllabe de trop. C’est une question de rythme.
Donc, après la lecture optométrique t’es devenu tout excité dans tous les sens du terme parce que tu t’énerves pour rien, t’es un p’tit nerveux. T’aurais voulu que ta barde de 1 jour passe rapidement à une barde de 4 jours et demi pour faire encore plus comme si t’étais lui. À la place, t’as fermé tes yeux.
Les yeux fermés, c’est plus facile de faire semblant.
T’étais certain d’être fort pis toutes les autres choses que les gars aiment être. Tu te sentais comme un bon deal.
C’est juste plate que mon nom ce ne soit pas Macha. J’suis plus cute. Ça s’annule.
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C’est pas parce que je ne saute pas que je ne sais pas comment faire. C’est pas parce que je ne souris pas que j’ai envie de pleurer. C’est pas parce que je préfère la crème glacée au chocolat que je n’aime pas celle aux fraise. C’est pas parce que je ne te regarde pas que je ne te trouves pas beau. C’est juste que tes yeux sont trop petits et que j’arrive pas à voir dedans.
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