La vie d’adulte
Ces temps-ci, je me fais répéter que j’ai 29 ans et que, un moment donné, tsé.
À l’âge de 5 ans, avoir 29 ans c’était être une Madame. Me voir à 29 ans, c’était m’imaginer avec des souliers à talons hauts, une sacoche qui fitte, du rouge à lèvres et des jupes-cigarettes. J’allais être mariée, avec 3-4 flos, une maison, probablement une piscine hors terre. On m’appellerait Madame Bélanger ou Madame Pilon ou Madame Bélanger-Pilon. Je signerais des chèques parce que les madames font ça. J’aurais probablement les ongles longs comme ma mère.
24 ans plus tard, je ne suis pas là du tout. Mes ongles sont courts, les seuls chèques que je signe sont ceux qui servent à payer mon loyer, personne ne m’appelle Madame (thank God), je n’ai pas d’enfants, pas de mari ni de piscine hors terre et je ne m’en porte pas plus mal.
Quelques fois, je me prends à penser que je ne suis don’pas rendu là où je prévoyais l’être et j’ai tendance à me culpabiliser un peu, on dirait. Même si au fond, je sais que j’ai fait des trucs extraordinaires et qu’il y en a encore beaucoup d’autres à venir. J’ai quelquefois un petit blues de ne pas être aussi accomplie que je voudrais l’être et de ne pas être aussi adulte que je le devrais.
Qu’on le veuille ou non, on est guidé par cette idée préconçue de l’adulte qui rencontre un autre adulte, fonde une famille, partage une hypothèque, peinture son driveway au printemps et va chez Costco le samedi. Le modèle a fait ses preuves, soit. Mais je refuse de croire qu’on peut vraiment patauger dans le bonheur en s’émerveillant avec son doux devant huit kilos de papier hygiénique.
Je suis entourée de couples qui se fiancent, se marient (suite logique), qui se reproduisent, qui posent de la céramique, qui se chicanent chez Ikéa. De gens qui ont des promotions, qui gèrent leurs compagnies, qui ont fait le tour du globe, qui sont comme trop accomplis. Moi j’ai lâché mon boulot pour déménager dans un mini 3½, tenter de percer en écriture et étudier en édition. Way to go, Pilon !
En matière de « ne pas me sentir adulte », je clanche. Mais au fond, c’est quoi être adulte ?
Quand j’étais petite, un adulte, c’était un Monsieur ou une Madame. Plus j’avance, moins j’ai envie de devenir une madame (et l’option du monsieur n’est pas considérable). La Madame me fait peur.
La Madame suit le modèle prédéfini de l’adulte. Elle va terminer ses études et se trouver un bon boulot, courir après sa permanence pour cocher ça de sa liste. Elle va se marier et peut-être sauver son couple avec des enfants. Elle va re-décorer aux 4 ans, visiter les tout-inclus une ou deux fois par année. Son highlight mensuel sera lorsqu’elle fera refaire sa coloration. Petit à petit, elle oubliera qu’un jour, elle a déjà voulu travailler dans un orphelinat en Afrique, visiter l’Asie avec son pack-sac et qu’elle espérait un homme qui lui fasse perdre le souffle.
Le mot adulte sonne faux dans ma tête. Comme le mot conjoint. Pour moi, dire « je vous présente mon conjoint », c’est dire « voici le gars avec qui j’habite, mais je ne suis pas vraiment certaine de l’aimer encore». Dire que je suis une adulte, c’est tout comme avouer que j’ai grandi en oubliant de devenir ce que je rêvais d’être.
Je ne sais pas ce que c’est que de devenir un adulte. Je ne sais pas si je n’en serai jamais une. Ce que je sais, c’est que je refuse settler-down pour moins que mes rêves, de devenir moins que mes ambitions et de me faire aimer moins que ce que je mérite.
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En tout cas, moi, quand je vais être grand, je veux être comme toi.
Tu s’ras pas super grand, si t’es comme moi. Just saying.
Super intéressant ma petite dame! Pour ma part, outre mes 3 marmots, mon mari, ma petite maison dans la prairie, je me sens sensiblement comme tu décris….c!est ben pour dire!
Take care!!!
Mc
Ben grandi pas d’abbord ! Je commence à peine à 44 ans ! Mais honnêtement, je me méfie des gens qui font rimer adultes et platitude. Adultes responsables oui, mais pas platte ! Tu écris si bien, c’est clair que tu te trompe pas dans tes choix ! xx
Console-toi.. J’ai 52 ans, je suis à la retraite et je me sens (encore) exactement comme toi. C’est quelque chose que je n’ai jamais vraiment assumé, devenir une adulte, et au point où j’en suis, je pense que c’est peine perdue que de seulement tenter d’essayer. Je ne m’ennuie que rarement et je mène une vie que j’aime, je crois qu’il n’y a que ça qui compte vraiment.