30th Sep2011

T’es comme un ours mais pas vraiment

by Nancy

J’ai peur des fois quand t’es pas là parce que quand t’es là, au moins, t’es gros (mais pas comme si t’avais un surplus de poids, juste que tsé, tu prends plus de place que moi) et t’es grand et tes bras sont longs et ils peuvent faire le tour de moi comme cinq ou six fois parce qu’en plus je suis un peu petite. Donc quand t’es absent parce que t’as d’autres choses à faire comme jouer au ballon avec tes pieds ou écrire des lettres en rouge sur des papiers d’élève, il m’arrive de vouloir me cacher et d’attendre que tu reviennes pour que je puisse sortir et m’habiller et mettre mes cheveux un peu beaux et sourire parce que mes dents sont blanches même si je ne vais pas chez le dentiste.

Pis des fois, quand t’es là avec tes longs bras et tes yeux bleus-gatorade j’ai quand même peur mais c’est pas la même peur. Et quand t’es là et que tu prends de la place parce que t’es gros-mais-pas-gros-mais-tu-nécessites-plus-d’espace-pour-te-mouvoir-que-mettons-un-enfant-de-deux-ans dans ma mini-maison, j’ai peur que ma place disparaisse et que j’oublie de te dire que j’ai pensé à un truc qui vient juste de moi et qui n’appartient à personne d’autre.

Mais quand tes bras font cinq-six fois le tour de mon torse et qu’on dirait que j’ai cinq-six bouées de sauvetage d’enfilées, j’oublie que j’ai peur parce que c’est à ça que ça sert les bouées, à se pitcher dans l’eau sans avoir peur. Je dis pas que t’es comme mes cinq-six bouées, je dis juste que des fois, tu fais office de. Juste dans l’image. Pas comme pour vrai.

Après trois minutes de bouées, j’ai souvent la chienne qui me reprend, t’sais juste en haut du nombril et ça fait guili dans mon ventre mais pas en son, en feeling. C’est weird ce qui se passe dans mon ventre en feeling. Si c’était sonore, tu comprendrais plus. Pis les autres aussi. Et j’aurais pas à expliquer, j’aurais juste à faire entendre le son et les autres et toi vous feriez “Ah oui, tu te sens de même”. Comme quand on écoute une chanson et qu’on chaire-de-poulise parce que le feeling est sur une clé de sol.

T’es comme un ours mais pas vraiment. T’es doux pis chaud pis toutte et je te sers contre mes seins froids quand je m’endors mais quand on est petit on nous dit que les ours il faut en avoir peur donc des fois ça me revient et j’ai peur.

Finalement, j’suis une criss de peureuse.

 

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29th Sep2011

Bip-bip-bip

by Nancy

 

J’étais assise sur un tabouret de bois, un tabouret qui ramasse les fesses, sur lequel on ne sait jamais où mettre ses pieds, ni ses mains, ni rien. Il n’y a jamais assez d’espace sur un tabouret.

J’étais assise là à tenter de siroter avec classe mon drink à 8$. Je te cherchais. Avec mes yeux. Avec mes épaules. Avec mes genoux. Mes pieds froids cherchaient la chaleur de ton dessous de cuisse. Surtout qu’ils ne savaient pas où se mettre, là, là.

J’avais mal aux fesses. Mes fesses trop pointues selon ma mère. Mais ma mère, qu’est ce qu’elle en sait.

En croisant mes jambes, j’ai failli tomber. Mais j’suis pas tombée.

Ça allait et ça venait autours de moi mais j’avais le radar setté sur toi. Il tournait et faisait bip sans faire de bip-bip-bip-bip-bip.

T’es arrivé avec ta chemise carreautée pis tes genoux à l’air. La musique a changé, le monde ne bougeait pas plus ou moins vite, on n’était pas dans un film. T’as marché vite. T’as commandé vite. T’as bu vite. T’avais l’air pressé.

J’étais encore sur mon tabouret quand la brune t’as joué dans les cheveux. Tu as arrêté son geste. T’avais l’air de dire « non, fille, c’est pas le moment ». Mais j’entendais pas, j’étais loin.

J’ai croisé mes jambes de l’autre bord. Mon drink était fini.

Tu t’es approché en te grattant la tête. Tu m’as tendu un poing fermé, j’ai ouvert ma main en dessous. La clé est tombée et dans ma tête ç’a fait bang. Tu m’as montré ton dos et t’as marché vers la brune.

En me regardant, t’as mis ta langue dans sa bouche.  J’avais trop mal aux fesses pour avoir mal ailleurs.

 

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26th Sep2011

La fois où… j’ai couru.

by Nancy

Le dimanche 25 septembre, c’était le Marathon Oasis de Montréal. Le dimanche 25 septembre, j’ai compris que j’étais capable.

En novembre dernier, je me suis inscrite au demi-marathon. Je peux l’avouer maintenant, c’était beaucoup un coup de tête en réaction à ma rupture. C’était aussi pour me mettre au défi, pour me concentrer sur autre chose, pour avoir mal dans les jambes au lieu d’ailleurs.

Alors j’ai couru. Et je me suis blessée. Honnêtement, ma blessure au genou m’a rassurée: j’avais une excuse pour ne pas enfiler 21.1  kilomètres de course avec 24 000 autres personnes. C’était parfait. Puis, j’ai réfléchi à toutes les choses que je n’ai pas faites parce que j’avais l’excuse parfaite pour ne pas le faire…

Mon roman n’est pas terminé. Je n’ai pas vu Barcelone. Je n’ai pas de REER. Je n’envoie pas mes nouvelles aux revues littéraires. Je n’ai pas fait de triathlon. And so on…

Quand j’étais en 5e secondaire, mon enseignant en éducation physique m’avait dit de lâcher le sport, que ce n’était pas pour moi. Je pense que je suis devenue enseignante en éducation physique un peu en réaction à ce commentaire. Et je pense que ce commentaire s’était tracé un chemin bien bien creux dans mon crâne parce qu’à chaque fois que j’ai un défi à relever, j’ai sa voix qui me revient dans les oreilles…

C’est ce qui arrive avec les bad reviews. Elles rentrent au poste. Quand on l’entend, on ne se questionne pas, on la laisse entrer, on lui sert presque un thé avec des biscuits.

Tu ne perceras pas en écriture, c’est ben’trop rough pour toi.

Tu ne feras jamais de triathlon, t’es faite fiffe.

Tu ne peux pas conduire une auto manuelle, t’es trop dans la lune.

Tu ne peux pas clairer ta dette, t’es trop mauvaise avec l’argent.

Tu ne finiras pas ton roman.

Et pour chaque commentaire négatif reçu, j’ai toujours l’excuse parfaite pour le valider. Je nage dans les excuses. Je les collectionne. Je les entretiens même, je pense.

J’ai décidé de mettre fin au cycle de la fuite parfaite. De prendre mon malaise patellaire par les couilles et de m’inscrire au 10km.

Samedi, j’ai été d’une humeur exécrable. Je me suis répétée toute la journée que je n’allais pas y arriver, que c’était trop, que je n’avais jamais couru ça, moi, 10 km sans arrêter et que j’allais avoir l’air complètement folle entourée de 7000 personnes motivées. J’avais l’air turbobête. J’étais impatiente.  Et surtout, je n’avais pas confiance.

Dimanche, j’ai couru 10 km. À partir du 3e km, c’était une victoire à chaque mètre parcouru. Un mètre de plus sans arrêter. Parce que quand je m’entraîne seule, après 15-20 min, je prends une pause parce que mon genou tire un peu, parce que j’ai soif, parce que mon lacet est mal attaché, parce que je veux changer de toune, parce que tsé, j’suis pas capable de courir 10 km.

Je suis capable de courir 10 km. J’ai couru 10 km. En 1h05 et des poussières.

En entrant au Parc Maisonneuve, j’avais des frissons, la boule dans la gorge, la chair de poule. J’ai sprinté jusqu’au fil d’arrivée. Pas que j’avais un temps à faire ou à battre, juste parce que c’était beaucoup d’émotions, parce que je n’en revenais pas, que j’avais réussi, que j’y étais, que ça se pouvait et qu’il fallait que je le crois. Parce que les excuses n’avaient pas eu raison, cette fois.

J’ai terminé ma course en me disant que j’étais capable de faire le demi-marathon l’an prochain, que j’allais finir mon roman, terminer ma nouvelle pour le concours littéraire, me trouver les contrats de pige parfaits et la tâche d’enseignement qui me permettrait de combiner toutes mes passions. J’ai marché les 5 km qui séparaient le parc de ma maison, sans avoir mal aux genoux, en encourageant les demis et marathoniens qui suaient leurs vies sur Rachel. J’ai été émue de crier “Let’s go Ge” à ma belle amie Geneviève. Je suis entrée chez moi la tête haute, la médaille au coup et la confiance dans le tapis.

Je recevrai encore des commentaires négatifs. Mais ils ne seront plus les soldats de ma peur de foncer. Ils seront les moteurs de ma réussite.

Dans vos dent, m’sieur l’ex prof d’éduc. En passant, je conduis “manuelle”. Et très bien, en plus.

 

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12th Sep2011

La fois où… j’ai participé à “Tout sur moi”

by Nancy

La Zone d’écriture de Radio-Canada lançait un concours il y a deux semaines. Les participants devaient écrire une quatrième de couverture autobiographique en 50 mots maximum. J’ai participé. La voici.

Absence de Fée Marraine

Née sous une bonne étoile ayant été shiftée par un coup de vent, Nancy B.-Pilon se retrouve rapidement sous l’emprise du Karmarde, une force distribuant des nids de poule. C’est armée d’un casque et de shin-pad au cayenne qu’elle nous livre un témoignage sur son combat quotidien contre la poisse.

 

Je tiens à souligner le talent de mon amie Geneviève Allard qui, avec ses genoux, a fait le “Choix du jour” du 9 septembre dernier.

 

12th Sep2011

La vie d’adulte

by Nancy

Ces temps-ci, je me fais répéter que j’ai 29 ans et que, un moment donné, tsé.

À l’âge de 5 ans, avoir 29 ans c’était être une Madame. Me voir à 29 ans, c’était m’imaginer avec des souliers à talons hauts, une sacoche qui fitte, du rouge à lèvres et des jupes-cigarettes. J’allais être mariée, avec 3-4 flos, une maison, probablement une piscine hors terre. On m’appellerait Madame Bélanger ou Madame Pilon ou Madame Bélanger-Pilon. Je signerais des chèques parce que les madames font ça. J’aurais probablement les ongles longs comme ma mère.

24 ans plus tard,  je ne suis pas là du tout. Mes ongles sont courts, les seuls chèques que je signe sont ceux qui servent à payer mon loyer, personne ne m’appelle Madame (thank God), je n’ai pas d’enfants, pas de mari ni de piscine hors terre et je ne m’en porte pas plus mal.

Quelques fois, je me prends à penser que je ne suis don’pas rendu là où je prévoyais l’être et j’ai tendance à me culpabiliser un peu, on dirait. Même si au fond, je sais que j’ai fait des trucs extraordinaires et qu’il y en a encore beaucoup d’autres à venir. J’ai quelquefois un petit blues de ne pas être aussi accomplie que je voudrais l’être et de ne pas être aussi adulte que je le devrais.

Qu’on le veuille ou non, on est guidé par cette idée préconçue de l’adulte qui rencontre un autre adulte, fonde une famille, partage une hypothèque, peinture son driveway au printemps et va chez Costco le samedi. Le modèle a fait ses preuves, soit. Mais je refuse de croire qu’on peut vraiment patauger dans le bonheur en s’émerveillant avec son doux devant huit kilos de papier hygiénique.

Je suis entourée de couples qui se fiancent, se marient (suite logique), qui se reproduisent, qui posent de la céramique, qui se chicanent chez Ikéa. De gens qui ont des promotions, qui gèrent leurs compagnies, qui ont fait le tour du globe, qui sont comme trop accomplis. Moi j’ai lâché mon boulot pour déménager dans un mini 3½, tenter de percer en écriture et étudier en édition. Way to go, Pilon !

En matière de « ne pas me sentir adulte », je clanche. Mais au fond, c’est quoi être adulte ?

Quand j’étais petite, un adulte, c’était un Monsieur ou une Madame. Plus j’avance, moins j’ai envie de devenir une madame (et l’option du monsieur n’est pas considérable). La Madame me fait peur.

La Madame suit le modèle prédéfini de l’adulte. Elle va terminer ses études et se trouver un bon boulot, courir après sa permanence pour cocher ça de sa liste. Elle va se marier et peut-être sauver son couple avec des enfants. Elle va re-décorer aux 4 ans, visiter les tout-inclus une ou deux fois par année. Son highlight mensuel sera lorsqu’elle fera refaire sa coloration. Petit à petit, elle oubliera qu’un jour, elle a déjà voulu travailler dans un orphelinat en Afrique, visiter l’Asie avec son pack-sac et qu’elle espérait un homme qui lui fasse perdre le souffle.

Le mot adulte sonne faux dans ma tête. Comme le mot conjoint. Pour moi, dire « je vous présente mon conjoint », c’est dire « voici le gars avec qui j’habite, mais je ne suis pas vraiment certaine de l’aimer  encore». Dire que je suis une adulte, c’est tout comme avouer que j’ai grandi en oubliant de devenir ce que je rêvais d’être.

Je ne sais pas ce que c’est que de devenir un adulte. Je ne sais pas si je n’en serai jamais une. Ce que je sais, c’est que je refuse settler-down pour moins que mes rêves, de devenir moins que mes ambitions et de me faire aimer moins que ce que je mérite.

 

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