by Nancy
Qu’on se le tienne pour dit : un mollusque, c’est répugnant. Ça ne stimule pas les phéromones, c’est l’antipode de la séduction. Un gars pas de colonne, c’est repoussant. On n’aime pas. Du tout.
Depuis quelques semaines, j’observe l’humain dans son ensemble. J’suis en vacances; je n’ai pas beaucoup d’autres occupations. En plus, c’est bon pour l’écriture, ça nourrit la création de personnages. Messieurs, laissez-moi vous dire que les piments d’entre vous s’organisent pour que mon stock de protagonistes masculins demeure inépuisable.
Le gars qui envoie son ami régler à sa place ses trucs avec son ex. Le gars qui ne prend pas de décision et reste dans le statu quo morose. Le gars qui cache à sa blonde qu’il se fume encore un p’tit joint de temps en temps. Le gars qui se transforme en tapis d’entrée au lieu d’assumer qu’il vient de faire une niaiserie. Le gars qui se laisse traiter en enfant par sa blonde. Le gars qui trompe sa blonde à tour de bras, qui ne lui dit pas (of course), mais qui, en plus, la demande en mariage. Le gars qui tien un journal des ses frustrations sans poser un gestes pour avancer. Le gars qui arrête de donner des nouvelles, du jour au lendemain, comme s’il avait succombé à une attaque de lynx. Le gars qui dit à une fille que de toute façon, lui, il est toujours rejeté. Tsé, des comportements de champion.
Il est vrai que certaines d’entre nous ne donnent pas leur place quand il est temps de se substituer à une carpette ou de se laisser rouler dessus par un rouleau compresseur émotif pour ne pas rejoindre le clan des célibataires. Je le sais. Je le vois aussi. Je pense qu’à un moment ou à un autre, on est tous la carpette de quelqu’un.
La question que je me pose par contre, c’est pourquoi est-ce qu’il existe autant d’hommes-guenilles dans ma génération ? Est-ce que nos mères un peu castrantes des années 1980 sont à l’origine de nos relations Mollusque-Germaine ?
Les mères des années 1980 sont fortes et fières. Elles combinaient famille, travail et maison qui sent toujours le propre. Elles se lèvent à l’heure des poules, font les lunchs pour la maisonnée, excellent dans leur boulot, re-décorent à tous les 2 ans, ramènent les troupes à l’ordre. Chez moi, on a appris à marcher droit, à être autonome et à faire son lit.
Devant des modèles aussi forts, on ne se demande pas pourquoi les filles de ma génération ont le gène de la superwoman aussi présent. On ne veut pas seulement rapporter le bacon à la maison, on veut le trancher, le faire cuire et le manger dans une jolie assiette, sans l’aide de personne. On gère. On est capable. Là où on l’échappe, c’est quand on se met à gérer son homme.
On s’entends-tu qu’il y a des dossiers plus prioritaires dans le monde que la marche à suivre pour plier des serviettes de bain ?
Et les garçons se laissent faire. Ils ont vu leur maman être le capitaine de leur navire d’enfance, ils se disent peut-être que c’est ça la vie. Une fille qui gère et un gars qui plie. Quel beau modèle d’harmonie et de partage…
On ne peut pas gérer son homme comme on s’occupe de sa carrière ou de l’aménagement du salon. On ne peut pas contrôler ses aller et venus, l’heure à laquelle il va rentrer après le hockey ou lui répondre « T’es complètement taré si tu penses que ce sofa-là va entrer dans ma maison » quand il fait part de ses préférences chez IKEA ™. On se plaint que les mecs sont des enfants et on les traite en rejetons. Chapeau, les filles.
Le fait-on parce qu’on a le besoin viscéral de contrôler toutes les sphères de sa vie ou par manque de confiance ? Si partout on se tient droite comme un chêne, on encaisse les coups et on défonce des portes, on devrait se donner le droit d’être vulnérable des fois. Et la meilleure place pour être vulnérable, c’est entouré des gens qu’on aime. De l’homme qu’on aime, c’est encore mieux. Mais se montrer sous son vrai jour, ça fait peur. Alors, on gère.
Et l’homme plie devant la femme qui fait peur tellement elle est imposante. A-t-il si peur de la gent féminine qu’il préfère changer de nationalité plutôt que de faire face à la musique ? Ça serait quoi de ce tenir debout, d’assumer, d’encaisser, de confronter ? Quel mal peut-il bien en ressortir ?
Messieurs, si ma gang a besoin de slaquer la poulie de la gestion matriarcale, la vôtre a grandement besoin de se mettre à habiter ses testicules. Levez-vous. Manez-Up. Faites le choix d’être une meilleure personne, parce qu’au fond, habiter ses testicules, c’est aussi se choisir.