13th Jun2011

Enfoirée & Gentleman

par Nancy

Je trouve quotidiennement sur mon corps des ecchymoses dont j’ignore la provenance. Je suis celle qui parle de l’odeur pestilentielle de son prof de judo alors qu’il se trouve à moins d’un mètre. Je trébuche sur les surfaces lisses. Si on me dit un compliment, je me tortille. Quand on s’intéresse à moi, pour vrai de vrai, je n’y crois pas et je m’arrange pour provoquer la fausse couche d’un amour encore à naître. J’suis affectivement malhabile.

Marie-Sissi Labrèche a écrit “L’amour me rend épaisse”. Moi, la perspective seule me transforme en nunuche. Je deviens vaguement paranoïaque. On m’a dit récemment que pourraient voir le jour plusieurs comédies romantiques inspirées de mes bourdes émotives. Je ne suis pas certaine que ça se voulait un compliment…

Je me tiens dans le coin droit, porte-parole des enfoirés. Represent !

Mon entourage est peuplé de gentilshommes, de gars avenants, de mecs qui ne veulent que ça, connaître la chanson favorite de la duchesse convoitée. Des garçonnets plein de belles petites attentions, sans arrière-pensées de dépravés (ou si peu).  Des hommes qui amènent la séduction à un autre niveau, qui savent faire rire, jouir et réfléchir. Des apôtres du “Show me, don’t tell me”. Ils sont cutes, en plus. Le gros kit. Tsé.

Ces hommes de bien sont, par contre, dépassés par les événements. Dans un monde où le gars qui score est celui qui bullshitte en jouant du bassin, le gentleman se retrouve bien souvent dans la friend zone, à consoler les poulettes qui viennent (encore) de se faire avoir. Ils sont si gentils qu’ils le font le sourire aux lèvres, le coeur sur la main, le bol de soupe dans le micro-onde et le film de Jennifer Aniston dans le lecteur DVD. Pendant tout ce temps, ils se disent probablement quelque chose comme “C’est quoi l’ostie de problème, câlisse“. À peu de choses près.

Ils seront donc dans le coin gauche.

Qu’arrive-t-il quand une Enfoirée rencontre un Gentleman ? Allo la partie de plaisir.

D’abord, il y a la rencontre, où, disons le, c’est le Gentleman qui abordera l’Enfoirée. Le Gentleman a cette capacité à voir les gens. Bien entendu, le niveau de cuterie de l’Enfoirée joue en faveur des capacités d’abordement du Gentleman, mais mis à part le sourire pétillant et les jambes sexy de la demoiselle, le monsieur détecte en elle un challenge. Genre, la fille semble un peu complexe, un peu tordue, elle a donc surement une opinion bien à elle sur les choses, une vision, une parole. Enfin, qu’il se dit, une fille qui mérite qu’on investisse de son temps.

Il l’abordera simplement. Dans un café, la file à la Caisse, à l’aéroport. Et l’Enfoirée n’y verra que du feu; qu’un garçon poli qui veut faire la conversation pendant ce moment d’attente un peu emmerdant. Au moment venu, le Gentleman remettra ses coordonnés à l’Enfoirée et lui subtilisera habilement les siens. L’Enfoirée ne s’attendra à rien parce que, t’sais, les hommes sont tous des porcs, ou quelque chose du genre.

Viendra le moment où le Gentleman contactera l’Enfoirée. Show time.

L’Enfoirée est de nature sensible. Quand elle sera contactée par le Gentleman (qui le fera fort probablement via le téléphone, de par sa fonction old school « composer – laisser sonner – parler de vive voix »), elle sera touchée, sourira, et sera enchantée de le rencontrer pour un verre/café ou whatever. Elle raccrochera, légère, se disant qu’elle n’aurait jamais cru que. Elle se rendra au rendez-vous avec un retard calculé.

Le Gentleman la regardera franchement, l’écoutera avec attention. Remarquera qu’elle se mordille la lèvre inférieure quand elle réfléchi, qu’elle se touche le bout du nez quand elle cherche quelque chose. Subtilement, il commentera sa tenue ou sa coiffure, soulèvera qu’il est étonné qu’elle connaisse tel groupe de musique, intéressé par le récit de son dernier voyage. Le Gentleman sait poser les bonnes questions, comme Paul Arcand, mais en plus cute. Il paiera aussi l’addition, comme ça, sans rien attendre en retour. Juste parce qu’il a passé un beau moment et que c’est la bonne chose à faire, parce que sa mère lui a bien appris qu’une fille est une fleur. Pendant le tête-à-tête, l’Enfoirée se tortillera sûrement quelques fois mais, sommes toutes, elle en appréciera chaque seconde. Éventuellement, nos deux chérubins se laisseront, devant la porte du café ou à l’endroit où la voiture de mademoiselle est stationnée. Deux becs sur les joues, une main sur la hanche peut-être, sans plus. Un Gentleman jusqu’au talon.

De retour chez elle, l’Enfoirée mettra son cerveau au cycle « spin dans le Jell-O » et se répétera que le dude est n’importe quoi, qu’il ne l’a même pas embrassé. Tous ces compliments, ce sont des belles conneries; personne ne peut dire autant de belles choses en si peu de temps sans que ce soit sur le pilote automatique. Elle balaiera l’histoire du revers de la main, se culpabilisant d’avoir été aussi naïve et d’avoir cru, encore une fois, aux paroles d’un mignon garçon. Elle n’y peut rien, c’est dans sa génétique d’Enfoirée. C’est écrit noir sur blanc. Si c’est beau et doux, c’est nécessairement de la marde. Point barre. Elle prendra le Gentleman et le relèguera aux chiottes.

Selon les conventions ou les envies du Gentleman, il relancera sa belle Enfoirée dans les jours qui suivent. Quelque chose de charmant, d’inattendu. Un texto soulignant qu’il a passé quelques délicieuses heures et qu’il désire remettre ça, par exemple. Une petite attention simple et sincère. De la grosse vérité sale.

À la réception du message, l’Enfoirée répondra maladroitement. Elle se demandera surement ce qu’il veut, à quoi il joue, ce Gentleman. L’idée que le prétendant soit honnête est bien enterrée par toutes les pensées paranoïaques qui giguent dans sa tête. Même si son cœur a envie d’y croire, elle a compris depuis longtemps que si elle ne laisse pas sa tête gérer ce genre de dossier, elle se ramassera la face première dans le parapet. L’Enfoirée aiguisera ses doigts et retextera le message le plus « pète-ma-bulle-bébé » possible afin d’agir complètement à l’encontre de ce dont elle a envie. On y lira des trucs comme « je ne sais pas ce que tu cherches », « je ne suis pas rendue-là », « tu cognes à la mauvaise porte » et autres.

Si le commun des mortels réagirait en se disant « dossier clos », le Gentleman, lui, est bien plus rusé. Quand il lit « je ne sais pas ce que tu cherches », il comprend « je ne crois pas que je mérite que tu me donnes autant d’attention ». Dans la phrase « je ne suis pas rendue-là », il détecte « j’ai eu le cœur morcelé et, sérieux, j’ai la chienne que ça m’arrive encore ». Les mots « tu cognes à la mauvaise porte » sonnent plutôt comme « j’ai peur de ne pas être à la hauteur ». En G-Man qu’il est, il restera calme, laissera la poussière retombée et tentera de trouver le moyen pour ouvrir les beaux grands yeux de l’Enfoirée et lui montrer que, sérieux, ce n’est vraiment pas si dramatique.

Le Gentleman est l’homme parfait pour l’Enfoirée. Il l’appelle le matin pour la réveiller avant la sonnerie du cadran. Il la regarde pour qu’elle sente qu’il la trouve don ‘belle. Il relativise, esquive les flèches maladroitement lancées, lui laisse l’espace dont elle a besoin pour paniquer. Au moment où l’Enfoirée commencera à croire qu’elle mérite ce doux amour, le Gentleman comprendra qu’être le bon gars, c’est encore in.

Chères fellows Enfoirées, « Si s’présente à’porte le bonheur, tu farmes la yeule, tu y d’mandes pas ses cartes, tu l’laisses entrer » (Marc, Minuit le Soir).‎

 

___________________________

Source image: http://www.flickr.com/photos/rebecca_finch/2922259349/sizes/z/in/photostream/

 

 

11 Commentaires to “Enfoirée & Gentleman”

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>