17th Jun2011

Chère L. [1]

by Nancy

Ma petite L.

Tu es belle. Ne laisse personne tenter de te faire croire le contraire. Bouche tes oreilles quand tu entends des méchancetés, et chante pour enterrer les paroles haineuses. Tu es belle.

Tu es forte. Tous les jours, tu viens à l’école même si tu sais que tu encaisseras encore les pointes sournoises des autres. Que même si tu gagnes au tirage, tu te feras voler ton bien. Vivre dans ton corps, je me serais déjà expatriée, roulée en boule. Pas toi.

Tu es intelligente. Ton français est impeccable. Tu sais lire et compter. En plus, tu es capable de réfléchir et de trouver la bonne réponse malgré les roches qui te sont lancées.

Tu es responsable. Tu t’occupes de ta petite sœur comme si c’était ta fille. Tu te réveilles à l’heure pour te rendre à l’école. Tu prépares les repas et te fais un point d’honneur de m’annoncer que tu as déjeuné et brossé tes dents.

Bientôt, la puberté va s’attaquer à ton corps et fera tourner les yeux masculins vers toi. Ils te demanderont d’ouvrir les cuisses. Ne les ouvre pas. Laisse les bien fermées. Leurs mains te montreront de l’amour et tu auras envie de t’y blottir, pour patcher les trous de la carence. Aime-toi plus et serre les genoux.

J’aimerais rester pour te bercer et te montrer ce que c’est que de n’avoir que 9 ans. J’aimerais que ta plus grande préoccupation soit la tenue de ta poupée et que tu dormes à poings fermés, le ventre plein, le cheveu propre. J’aimerais que ton père voit que tu réussis. J’aimerais que ta petite sœur voit comme tu es forte.

Ton sourire est dans mon porte-monnaie et je le sortirai lors des jours de pluie.

Je t’aime. Entends-tu ?

Je t’aime.

 

13th Jun2011

Enfoirée & Gentleman

by Nancy

Je trouve quotidiennement sur mon corps des ecchymoses dont j’ignore la provenance. Je suis celle qui parle de l’odeur pestilentielle de son prof de judo alors qu’il se trouve à moins d’un mètre. Je trébuche sur les surfaces lisses. Si on me dit un compliment, je me tortille. Quand on s’intéresse à moi, pour vrai de vrai, je n’y crois pas et je m’arrange pour provoquer la fausse couche d’un amour encore à naître. J’suis affectivement malhabile.

Marie-Sissi Labrèche a écrit “L’amour me rend épaisse”. Moi, la perspective seule me transforme en nunuche. Je deviens vaguement paranoïaque. On m’a dit récemment que pourraient voir le jour plusieurs comédies romantiques inspirées de mes bourdes émotives. Je ne suis pas certaine que ça se voulait un compliment…

Je me tiens dans le coin droit, porte-parole des enfoirés. Represent !

Mon entourage est peuplé de gentilshommes, de gars avenants, de mecs qui ne veulent que ça, connaître la chanson favorite de la duchesse convoitée. Des garçonnets plein de belles petites attentions, sans arrière-pensées de dépravés (ou si peu).  Des hommes qui amènent la séduction à un autre niveau, qui savent faire rire, jouir et réfléchir. Des apôtres du “Show me, don’t tell me”. Ils sont cutes, en plus. Le gros kit. Tsé.

Ces hommes de bien sont, par contre, dépassés par les événements. Dans un monde où le gars qui score est celui qui bullshitte en jouant du bassin, le gentleman se retrouve bien souvent dans la friend zone, à consoler les poulettes qui viennent (encore) de se faire avoir. Ils sont si gentils qu’ils le font le sourire aux lèvres, le coeur sur la main, le bol de soupe dans le micro-onde et le film de Jennifer Aniston dans le lecteur DVD. Pendant tout ce temps, ils se disent probablement quelque chose comme “C’est quoi l’ostie de problème, câlisse“. À peu de choses près.

Ils seront donc dans le coin gauche.

Qu’arrive-t-il quand une Enfoirée rencontre un Gentleman ? Allo la partie de plaisir.

D’abord, il y a la rencontre, où, disons le, c’est le Gentleman qui abordera l’Enfoirée. Le Gentleman a cette capacité à voir les gens. Bien entendu, le niveau de cuterie de l’Enfoirée joue en faveur des capacités d’abordement du Gentleman, mais mis à part le sourire pétillant et les jambes sexy de la demoiselle, le monsieur détecte en elle un challenge. Genre, la fille semble un peu complexe, un peu tordue, elle a donc surement une opinion bien à elle sur les choses, une vision, une parole. Enfin, qu’il se dit, une fille qui mérite qu’on investisse de son temps.

Il l’abordera simplement. Dans un café, la file à la Caisse, à l’aéroport. Et l’Enfoirée n’y verra que du feu; qu’un garçon poli qui veut faire la conversation pendant ce moment d’attente un peu emmerdant. Au moment venu, le Gentleman remettra ses coordonnés à l’Enfoirée et lui subtilisera habilement les siens. L’Enfoirée ne s’attendra à rien parce que, t’sais, les hommes sont tous des porcs, ou quelque chose du genre.

Viendra le moment où le Gentleman contactera l’Enfoirée. Show time.

L’Enfoirée est de nature sensible. Quand elle sera contactée par le Gentleman (qui le fera fort probablement via le téléphone, de par sa fonction old school « composer – laisser sonner – parler de vive voix »), elle sera touchée, sourira, et sera enchantée de le rencontrer pour un verre/café ou whatever. Elle raccrochera, légère, se disant qu’elle n’aurait jamais cru que. Elle se rendra au rendez-vous avec un retard calculé.

Le Gentleman la regardera franchement, l’écoutera avec attention. Remarquera qu’elle se mordille la lèvre inférieure quand elle réfléchi, qu’elle se touche le bout du nez quand elle cherche quelque chose. Subtilement, il commentera sa tenue ou sa coiffure, soulèvera qu’il est étonné qu’elle connaisse tel groupe de musique, intéressé par le récit de son dernier voyage. Le Gentleman sait poser les bonnes questions, comme Paul Arcand, mais en plus cute. Il paiera aussi l’addition, comme ça, sans rien attendre en retour. Juste parce qu’il a passé un beau moment et que c’est la bonne chose à faire, parce que sa mère lui a bien appris qu’une fille est une fleur. Pendant le tête-à-tête, l’Enfoirée se tortillera sûrement quelques fois mais, sommes toutes, elle en appréciera chaque seconde. Éventuellement, nos deux chérubins se laisseront, devant la porte du café ou à l’endroit où la voiture de mademoiselle est stationnée. Deux becs sur les joues, une main sur la hanche peut-être, sans plus. Un Gentleman jusqu’au talon.

De retour chez elle, l’Enfoirée mettra son cerveau au cycle « spin dans le Jell-O » et se répétera que le dude est n’importe quoi, qu’il ne l’a même pas embrassé. Tous ces compliments, ce sont des belles conneries; personne ne peut dire autant de belles choses en si peu de temps sans que ce soit sur le pilote automatique. Elle balaiera l’histoire du revers de la main, se culpabilisant d’avoir été aussi naïve et d’avoir cru, encore une fois, aux paroles d’un mignon garçon. Elle n’y peut rien, c’est dans sa génétique d’Enfoirée. C’est écrit noir sur blanc. Si c’est beau et doux, c’est nécessairement de la marde. Point barre. Elle prendra le Gentleman et le relèguera aux chiottes.

Selon les conventions ou les envies du Gentleman, il relancera sa belle Enfoirée dans les jours qui suivent. Quelque chose de charmant, d’inattendu. Un texto soulignant qu’il a passé quelques délicieuses heures et qu’il désire remettre ça, par exemple. Une petite attention simple et sincère. De la grosse vérité sale.

À la réception du message, l’Enfoirée répondra maladroitement. Elle se demandera surement ce qu’il veut, à quoi il joue, ce Gentleman. L’idée que le prétendant soit honnête est bien enterrée par toutes les pensées paranoïaques qui giguent dans sa tête. Même si son cœur a envie d’y croire, elle a compris depuis longtemps que si elle ne laisse pas sa tête gérer ce genre de dossier, elle se ramassera la face première dans le parapet. L’Enfoirée aiguisera ses doigts et retextera le message le plus « pète-ma-bulle-bébé » possible afin d’agir complètement à l’encontre de ce dont elle a envie. On y lira des trucs comme « je ne sais pas ce que tu cherches », « je ne suis pas rendue-là », « tu cognes à la mauvaise porte » et autres.

Si le commun des mortels réagirait en se disant « dossier clos », le Gentleman, lui, est bien plus rusé. Quand il lit « je ne sais pas ce que tu cherches », il comprend « je ne crois pas que je mérite que tu me donnes autant d’attention ». Dans la phrase « je ne suis pas rendue-là », il détecte « j’ai eu le cœur morcelé et, sérieux, j’ai la chienne que ça m’arrive encore ». Les mots « tu cognes à la mauvaise porte » sonnent plutôt comme « j’ai peur de ne pas être à la hauteur ». En G-Man qu’il est, il restera calme, laissera la poussière retombée et tentera de trouver le moyen pour ouvrir les beaux grands yeux de l’Enfoirée et lui montrer que, sérieux, ce n’est vraiment pas si dramatique.

Le Gentleman est l’homme parfait pour l’Enfoirée. Il l’appelle le matin pour la réveiller avant la sonnerie du cadran. Il la regarde pour qu’elle sente qu’il la trouve don ‘belle. Il relativise, esquive les flèches maladroitement lancées, lui laisse l’espace dont elle a besoin pour paniquer. Au moment où l’Enfoirée commencera à croire qu’elle mérite ce doux amour, le Gentleman comprendra qu’être le bon gars, c’est encore in.

Chères fellows Enfoirées, « Si s’présente à’porte le bonheur, tu farmes la yeule, tu y d’mandes pas ses cartes, tu l’laisses entrer » (Marc, Minuit le Soir).‎

 

___________________________

Source image: http://www.flickr.com/photos/rebecca_finch/2922259349/sizes/z/in/photostream/

 

 

10th Jun2011

Êtes-vous une “je t’aime” slut ?

by Nancy

 

« Ok, toi, t’as vraiment pas le je t’aime facile, hein ? Tu dois te le faire extirper du gosier à coups de forceps ? »

Je l’avoue, mon je t’aime est bien à l’abri, conservé dans un conteneur. Je ne le sème pas à tous vents… pas ce je t’aime là, en tout cas. Pour les autres je t’aime, à mes parents, à mes amis, à Bradley Cooper, je suis une véritable Je t’aime slut. J’en déverse des cargaisons; je crois qu’on ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’ils sont un peu comme notre petite maison.

Quant à l’autre, à l’ultime je t’aime, à celui qu’on ne sait pas quand dire – comment le dire – s’il faut le dire – je le garde jalousement, jusqu’à ce que mon sentiment soit indéniable. Encore faut-il croire que c’est le bon sentiment, la bonne émotion, la réaction chimique parfaite qui fait que oui, finalement, c’est bien de l’amour qu’on ressent et non de la tendresse, de l’attachement, de l’amitié, de l’attirance, du désir… En même temps, n’est-ce pas un peu tout ça, l’amour avec une majuscule ? Pourquoi dire je t’aime au lieu de « j’en pince pour toi », « tu me plais », « je te kiffe »… Bon, ok. « J’en pince pour toi », c’est un peu étrange. Probablement que j’aurais le plus long fou rire au monde après m’être fait dire ça (autre preuve de ma mésadaptation affective).

Pourquoi  je t’aime ? Et pourquoi le dire ? Et quand le dire ?

Le je t’aime fait peur. Franchement. À celui qui le dit autant qu’à celui qui le reçoit. Oui, c’est vrai, des fois, it feels so right de le dire, et c’est facile, doux, bon, parfait. Des papillons, des étoiles pis toute. Mais la seconde avant de le dire, quand on inspire pour replacer ses idées, pour mettre les mots dans le bon ordre, pour être certain de dire ce qu’on veut dire et non une version en onomatopées, à cette seconde, bonjour la panique. Qui ne serait pas terrifié de dire à quelqu’un : « Voici mon cœur. Maintenant, devant toi, je suis complètement vulnérable. Tu possèdes toutes les armes pour pouvoir m’estropier. Essaie de ne pas faire trop de dégâts, s’te plaît. Love, moi xx ». Je sais, je rends ça un peu dramatique alors que ce devrait être un moment tendre et magique. C’est moi ça, si y’a pas de drame, y’a pas de plaisir.

Recevoir le je t’aime, même si, ultimement, ça transporte, ce n’est pas une partie de plaisir non plus. Premièrement, il faut être prêt à le recevoir.  Au baseball, si on te lance la balle et que tu ne t’en attends pas, ça se peut qu’elle aboutisse sur ton front. Et une balle de baseball lancée à haute vélocité qui te ramasse la fiole, ça amène son lot de commotions. Un je t’aime reçu à l’aveuglette engendre le même genre de réaction-choc. Il y a, en plus, toute la notion de réciprocité; est-ce un je t’aime uni ou bi latéral ? Ce n’est pas plus cool de dire je t’aime à quelqu’un qui ne ressent pas la même chose que soi que d’être la personne qui doit dire « S’cuse, dude, mais moi, eum, ben, non ». Oui, on pourrait utiliser d’autres mots, surtout une formulation plus délicate pour décliner cette offre d’amour. Croyez-moi, en tant que malhabile en chef, ça sort souvent tout croche.

Je reviens donc à ma question initiale (une des) : Pourquoi le dire ? Parce qu’en tant que seule espèce ne naissant pas avec le gène du « y’a un danger ici, il faut que j’me jet au pc », à l’instant où on voit une situation qui peut faire couiner ses ouïes, on se garoche dedans. Il est grand le mystère de l’être humain.

Nonobstant le danger imminent, il faut tout de même choisir son moment. Parce qu’on est bon là dedans, attendre le bon moment. Sans dire qu’il y a une marche à suivre précise dans cette version moins Med. School de la chirurgie à cœur ouvert, je pense qu’il y a, n’empêche, des moments où on devrait garder notre je t’aime pour soi. Après le sexe, par exemple. On ne dit pas le premier je t’aime après une partie de jambes en l’air. C’est une question d’hormones et de vue embrouillée. Il me semble avoir lu quelque part que pour les filles, le brouillard est encore plus épais, comme si on avait le cœur entre les cuisses. Un orgasme, ce n’est pas de l’amour. Si ce l’était, je connais des gens qui seraient en amour avec plusieurs, plusieurs, PLUSIEURS personnes. Et d’autres qui voudraient se marier avec des gadgets électroniques. Non au je t’aime post-coïtal.

Quand alors ? Allez donc savoir ! En suivant la logique, on passera tous par le processus en quatre étapes. Il y aura, au départ, le moment où on va penser qu’on ressent de l’amour. Ensuite, la seconde où, on le sait que c’est de l’amour et où, sorti de nulle part, les mots je, t, et aime vont poppé silencieusement dans la tête. La clé ici, c’est la partie silencieuse. On est amoureux, mais on n’est pas encore prêt à l’assumer.

Plus tard (durée variable selon son niveau de fucked-upitude), viendra l’instant où on voudra le dire. Ça amène généralement le même feeling qu’avoir 16 ans, composer le numéro de téléphone de son prospect mais raccrocher après la première sonnerie. Vous savez, la face qui se crispe, les lèvres qui se pincent, la tête qui se fend sur le mur… Même affaire.

L’affaire avec le je t’aime, c’est que plus on le garde pour soi, plus il prend de l’expansion. Plus il devient important en superficie. Arrive un moment où on ne peut plus le mesurer du bout des doigts, où le matériel d’arpentage devient nécessaire. C’est alors qu’il sort, c’est l’étape 4. Il tombe de la bouche. Même si on voulait l’attraper au vol et le ravaler, il est trop tard. C’est le saut de l’ange.

Je ne suis pas une je t’aime slut. Mon je t’aime est senti, vrai et peut-être over-réfléchi. Mais il sort toujours au moment où je le pense bien cadenassé. J’ai le je t’aime déluré.

 

____________________________

Source image: http://www.flickr.com/photos/eddiemalone/444204162/sizes/z/in/photostream/

05th Jun2011

Stand by.

by Nancy

Un tag rouge sur mes bagages.  STAND BY pour embarquer sur le prochain vol.

Entendre Marie Carmen chanter l’Aigle Noir dans le combiné du téléphone. STAND BY pour parler au prochain agent disponible (oui, je sais, mon appel est important pour vous).

Congestion sur la 40 Ouest. STAND BY, pare-choc à pare-choc, à respirer le parfum enivrant (?) du CO2.

Y’a de ces moments où la vie nous met un frein, nous donne une pause de quelques secondes, nous place en état d’attente, en stand by. Des moments où nous n’avons plus le contrôle, où même si nous prions, nous souhaitons, nous stressons, rien n’avance, nous devenons des statues. Quelques secondes pour prendre une grande respiration, monter le son de la musique, chanter à tue-tête, rêvasser un peu. Avec le temps, j’ai appris à apprécier un peu plus ces moments d’arrêt forcés, à en tirer quelque chose de l’fun, à danser subtilement dans une file d’attente, à regarder autours. La vie fait bien les choses, la plupart du temps.

Il y a, par contre, ces moments où on se place soi-même en stand by, où, délibérément on s’arrête et on attend. On stagne, on fige par l’incertitude, la peur, ou juste parce qu’on est un peu moumoune.

“Ah, euh, mais ça, c’est juste en attendant”. L’avez déjà dite, cette phrase ?

En attendant quoi ? Le meilleur boulot, le meilleur appart, le meilleur temps…  Ah le temps ! C’est souvent pas le temps. Le timing est souvent mauvais. Alors, on attend.

Et s’il fallait faire un peu de team work avec la vie ? Et si, un matin, on prenait le téléphone et on laissait sonner, sans raccrocher après avoir composé le numéro ? Et si on l’envoyait, ce manuscrit ? Et si on l’achetait, ce billet d’avion? Et si on allait cogner à sa porte pour l’inviter à prendre un café, un thé ou une crème molle… il fait beau, t’sais. Et si on prenait le risque, juste une fois, d’enlever le béton de dedans nos chaussures ?

Propose ou dispose, le statu quo, ça ne mène nulle part.

 

 

 

____________________________
Source image: http://www.flickr.com/photos/sionfullana/4670078016/sizes/z/in/photostream/