Remonter en selle
“Ma fille, quand tu tombes du cheval, tu dois remonter de suite, sinon, tu vas toujours avoir la chienne”. - Une sainte femme.
Ma mère m’a déjà dit quelque chose du genre. Votre père aussi, à quelques mots près. Bref, on le sait tous; quand on se plante, il faut se relever et retenter sa chance. Dans le cas contraire, c’est aigri qu’on se bercera sur notre perron à avaler de grosse gorgées de “si j’avais”. Dans le fabuleux dating world, il en est de même. Après les déceptions, après s’être fait couper le cordon du coeur à grand coups de couteau à beurre (c’est plus long, mais ça fait plus mal), après être passé de l’état physique à l’état poudre pour bébé, on fini par se relever, retrousser ses manches, se mettre cute et aller de l’avant.
Le problème, c’est qu’après avoir vécu semaines, mois, voire années avec le coeur branché sur le respirateur (une peine d’amour, ça ramasse, t’sais), on est plus méfiant (i.e on a la chienne de notre vie). C’est alors que, sans en être pleinement conscient, on magasine les mécanismes de défenses, on s’approvisionne au Costco. Puis, on prend sa clôture en béton armé couverte de barbelés, munie d’un dispositif de mines anti-personnelles, aspergée de chasse-bibittes, dont l’entrée est gardée par deux gros dudes qui, visiblement, ont fait la guerre, et qui est protégée par un code dont la combinaison numérique change aléatoirement aux six jours, et on la plante à une distance d’au moins trois kilomètres de son coeur, question d’avoir une marge de manoeuvre. En tout cas, moi, c’est exactement ce que j’ai l’impression d’avoir fait.
Et ce n’est pas tout.
Parce que s’il y a un prétendant qui, par je ne sais quel moyen, réussi à ne pas prendre ses jambes à son cou pour aller répandre la Bonne Nouvelle que les dudettes sont toutes de saprés cinglées, on a un coffre plein à craquer d’excuses, de oui mais et de yish qui l’attend. Il se fera flushé pour des raisons ultra valables telles: Il utilise tel mot. Il passe tel commentaire. Il remonte le col de son veston. Il a voté pour le NPD. Il aime les langues de porc.
Et ce n’est pas encore fini.
Après la clôture, le barbelé, les mines, le chasse-bibitte, les dudes de l’armée, le code secret et le coffre à raisons bidons, celui qui se tiendra encore debout apparaîtra alors comme un débile profond. Qui, QUI, peut rester sain d’esprit après tout ça ? Qui osera le “je t’aime” ? Le “mon amour” ? Le “t’es belle en sacrament”? Un taré. Point.
En fait, c’est ce qu’on se dit. Et on refuse d’y croire. Parce que c’est tellement bon que ça fait mal. Parce qu’on a le genou qui ramolli alors qu’on s’entraîne à le garder raide. Parce que si on baisse sa garde, on va peut-être goûter au bonheur d’être à deux et qu’une fois qu’on l’a dans la bouche, il est trop difficile de se départir de sa saveur. Parce que si on laisse l’autre entrer, on pense qu’on s’abandonne un peu, qu’on va s’oublier. Les efforts déployés pour être forte et fière étaient trop drainant pour qu’on se laisse aller aussi facilement.
À toi, à qui je viens de claquer la porte à grands coups de “tu me dis n’importe quoi”, pardonne moi.
À l’homme de ma vie, c’est bien que tu prennes le temps de te grayer d’une armure pis toute avant de te présenter, parce que je pense que tu vas en avoir besoin.
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Source image: http://www.flickr.com/photos/serendipityfoto/4472820919/
je te plains et je te comprends tellement.
Signé
Un mec qui s’est fait jeter de son cheval