27th May2011

Remonter en selle

par Nancy

“Ma fille, quand tu tombes du che­val, tu dois remon­ter de suite, sinon, tu vas tou­jours avoir la chienne”.  - Une sainte femme.

Ma mère m’a déjà dit quelque chose du genre. Votre père aussi, à quelques mots près. Bref, on le sait tous; quand on se plante, il faut se rele­ver et reten­ter sa chance. Dans le cas contraire, c’est aigri qu’on se ber­cera sur notre per­ron à ava­ler de grosse gor­gées de “si j’avais”. Dans le fabu­leux dating world, il en est de même. Après les décep­tions, après s’être fait cou­per le cor­don du coeur à grand coups de cou­teau à beurre (c’est plus long, mais ça fait plus mal), après être passé de l’état phy­sique à l’état poudre pour bébé, on fini par se rele­ver, retrous­ser ses manches, se mettre cute et aller de l’avant.

Le pro­blème, c’est qu’après avoir vécu semaines, mois, voire années avec le coeur bran­ché sur le res­pi­ra­teur (une peine d’amour, ça ramasse, t’sais), on est plus méfiant (i.e on a la chienne de notre vie). C’est alors que, sans en être plei­ne­ment conscient, on maga­sine les méca­nismes de défenses, on s’approvisionne au Costco. Puis, on prend sa clô­ture en béton armé cou­verte de bar­be­lés, munie d’un dis­po­si­tif de mines anti-personnelles, asper­gée de chasse-bibittes, dont l’entrée est gar­dée par deux gros dudes qui, visi­ble­ment, ont fait la guerre, et qui est pro­té­gée par un code dont la com­bi­nai­son numé­rique change aléa­toi­re­ment aux six jours, et on la plante à une dis­tance d’au moins trois kilo­mètres de son coeur, ques­tion d’avoir une marge de manoeuvre. En tout cas, moi, c’est exac­te­ment ce que j’ai l’impression d’avoir fait.

Et ce n’est pas tout.

Parce que s’il y a un pré­ten­dant qui, par je ne sais quel moyen, réussi à ne pas prendre ses jambes à son cou pour aller répandre la Bonne Nou­velle que les dudettes sont toutes de saprés cin­glées, on a un coffre plein à cra­quer d’excuses, de oui mais et de yish qui l’attend. Il se fera flu­shé pour des rai­sons ultra valables telles: Il uti­lise tel mot. Il passe tel com­men­taire. Il remonte le col de son ves­ton. Il a voté pour le NPD. Il aime les langues de porc.

Et ce n’est pas encore fini.

Après la clô­ture, le bar­belé, les mines, le chasse-bibitte, les dudes de l’armée, le code secret et le coffre à rai­sons bidons, celui qui se tien­dra encore debout appa­raî­tra alors comme un débile pro­fond. Qui, QUI, peut res­ter sain d’esprit après tout ça ? Qui osera le “je t’aime” ? Le “mon amour” ? Le “t’es belle en sacrament”? Un taré. Point.

En fait, c’est ce qu’on se dit. Et on refuse d’y croire. Parce que c’est tel­le­ment bon que ça fait mal. Parce qu’on a le genou qui ramolli alors qu’on s’entraîne à le gar­der raide. Parce que si on baisse sa garde, on va peut-être goû­ter au bon­heur d’être à deux et qu’une fois qu’on l’a dans la bouche, il est trop dif­fi­cile de se dépar­tir de sa saveur. Parce que si on laisse l’autre entrer, on pense qu’on s’abandonne un peu, qu’on va s’oublier. Les efforts déployés pour être forte et fière étaient trop drai­nant pour qu’on se laisse aller aussi facilement.

À toi, à qui je viens de cla­quer la porte à grands coups de “tu me dis n’importe quoi”, par­donne moi.

À l’homme de ma vie, c’est bien que tu prennes le temps de te grayer d’une armure pis toute avant de te pré­sen­ter, parce que je pense que tu vas en avoir besoin.

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Source image: http://www.flickr.com/photos/serendipityfoto/4472820919/

 

Un commentaire to “Remonter en selle”

  • cybik

    je te plains et je te comprends tellement.

    Signé
    Un mec qui s’est fait jeter de son cheval

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