27th May2011

Lucille in the sky with diamonds

par Nancy


Masha cou­rait dans l’aéroport de Londres comme si elle s’entrainait pour une course quel­conque. Elle n’allait pas man­quer son vol, elle n’avait pas de vil. Elle n’était pas en retard pour l’accueil d’un voya­geur, elle ne connais­sait per­sonne qui voya­geait. Bon, elle en connais­sait, mais per­sonne ne voya­geait en ce moment même. Ils voya­geait peut-être, à vélo, en voi­ture, mais pas en avion. Et de toute façon, elle ne venait cher­cher personne.

Masha aimait cou­rir dans l’aéroport. Selon elle, il n’y avait pas de plus bel endroit qu’un aéro­port. Si elle cou­rait dans toutes les direc­tions, c’est qu’elle vou­lait en man­quer le moins pos­sible. Les aure­voirs, les bon­jours, les sou­rires, les yeux mouillés, les étreintes… Elle vou­lait absor­ber le plus d’images d’amour pos­sible. Alors, elle courait.

Au car­rou­sel de bag­gages des arri­vées inter­na­tio­nales, Masha cherche des yeux les moments magiques. Des acco­lades, des bisous, des gens d’affaires très très sérieux qui ont déjà le cel­lu­laire à l’oreille. Elle admire et sou­rit, jusqu’à ce que le der­nier soit parti.

Assise sur ses valises, les mains recueillant son visant enfouie, Lucille se tape une crise d’anxiété. Son coeur fait du bun­gee dans sa poi­trine, ce qui ne lui occa­sionne aucun sen­ti­ment agréable. Elle est là, seule, à Londres, avec ses deux valises, seules, sans amis, sans emploi, seule, sans mai­son, seule, sans rien du tout, sauf un reste de muf­fin aux carottes dont le glaça est tout collé sur le papier cirée. C’est la poisse.

L’oeil gauche sur Lucille, Masha place son autre globe occu­laire en mode “détec­tion de connais­sances” afin de se per­sua­der elle-même que la pauvre dame assise sur ses valises, dame dont la teinte capil­laire est dou­teuse, n’est pas com­plè­te­ment seule et aban­don­née dans un aéro­port. Mais 45 minutes plus tard, elle doit se rendre à l’évidence et aussi repo­ser son oeil droit qui com­mence à s’emplir d’acide lac­tique. La femme aux che­veux cou­leur “Ber­trand Ray­mond” est bel et bien seule. Seule dans un ter­mi­nal. Allons si c’est triste.

Relayant la couse aux oubliettes, Masha s’avance à pas de tor­tue vers Lucille qui semble s’être trans­for­mée en sta­tut de cire. Arri­vée à sa hau­teur, elle lui touche dou­ce­ment l’épaule.

“Can I help you miss ?

Canne you olde dis, répond la repen­ti­gnienne lui ten­dant 67g de Bub­bli­cious fushia.

- Dear ! What is that ?

Maille harte, madame.

- Well, I can take care of it for a while, but you will have to get back to it eventually.

Aille no.”

De la poche de son grand par-dessus marine, Masha sort un petit pot Mas­son, ouvre le cou­vercle et place le 67g  rose dedans avant de le scel­ler sous-vide.

“Now, your heart can’t be hurt again. I’m Masha, bye the way.

Aille hamme Lucille. Aille hamme fromme Repen­ti­gny.

- For­get about where you’re from. At least for now.”

Masha remet le pot Mas­on dans sa poche, prend la main de Lucille et la regarde d’un regard qui se veut ras­su­rant. Puis, sans crier gare, ciseaux ou quel­conque mot qu’on pour­rait crier, elles se mettent à courir.

 

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Source image: http://www.flickr.com/photos/cereal-killer72/2583483336/

 

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