31st May2011

Share the love #7 (même si les 6 autres ont disparus)

by Nancy

Jeudi dernier, j’ai eu un coup de coeur musical. Non, en fait, j’ai eu un coup de coeur parolier. Et depuis, elle joue sur repeat. Pis j’m'en vais être à Trois-Rivières le 10 juillet prochain, comme une vraie fan finie.

Enjoy !

ingridsaint-pierre.com

31st May2011

Je suis une courte-pointe

by Nancy

Je suis une courte-pointe

Je garde sur mon ventre

Les carrés et les rectangles

De ta démarche, de tes épaules,

De tes joues qui piquent, des fois.

 

Je suis une courte-pointe

Cousue avec quelques cheveux

Le fil de ton jeans trop grand

Nouée aux souvenirs, aux espoirs

Aux non-dits, aux demi-mots, aux silences.

 

Je suis une courte-pointe

Piquée à l’orgueil, un peu

Trouée mais encore chaude

Qui sent les larmes, les sourires

Le petit sucre derrière ton oreille. Là.

 

Je suis une courte-pointe

Pliée dans un grand coffre

Et j’attends le printemps.

 

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30th May2011

Entre le jeu et la chandelle.

by Nancy

Constat du moment: le célibat, c’est la jungle.

Pour la première fois depuis vraiment beaucoup d’années, plusieurs de mes amies et moi sommes célibataires au même moment. J’ai un groupe d’amies qui sont généralement en couple, et je suis généralement en couple. Donc, la game, nous, on ne la connaît pas. On essaie de jouer, on apprend sur le tas. Je vais parler pour moi, mais je trouve qu’il y a beaucoup trop de règles et de subtilités dans le grand monde de la séduction.

J’veux dire, What the Fuck.

Je ne veux pas prendre le parti de ma race, ni bâcher sur les mâles. Je trouve seulement qu’on se complique dont la vie pour pas grand chose.  Oui, oui. Pas grand chose. J’veux dire, si tu rappelles le mec le lendemain et qu’il freak parce que selon lui, c’est trop tôt, ben too bad, c’est pas lui. Non ? Est-ce SI grave ?

Je lis/j’entends des trucs envoyés par des mecs, des réponses rendues par des filles… j’y comprends strictement rien.

On veut l’amour, on veut y croire, on veut la maison, les bambins et, pourquoi pas, le pneu d’accrocher au chêne dans la cours. On veut un bec dans le cou quand on fait la vaisselle, on veut deux noms sur le compte d’Hydro, on veut se voir dans les yeux de l’autre, on veut, on veut, on veut… Et en même temps, on ne veut pas trop, pas trop vite, parce que c’est pas exactement ça, parce qu’il a mis trop de temps à rappeler, parce qu’elle texte trop souvent, parce que, parce que.

De plus, il faut marcher sur des oeufs, ne pas montrer qu’on a quelques fissures parce que ça pourrait faire peur, ne pas montrer qu’on sait ce qu’on veut parce que ça intimide. Il faut rire aux blagues et être décontracté, même si on a le genou qui chatouille.

Je rêve du jour où je pourrai dire: “Tu me plais, je te plais. Alors go, plante ta tente dans mon thorax. Pis allume ton feu. Mais regarde pas trop le bordel ce soir. On fera ça demain.”

27th May2011

Remonter en selle

by Nancy

“Ma fille, quand tu tombes du che­val, tu dois remon­ter de suite, sinon, tu vas tou­jours avoir la chienne”.  - Une sainte femme.

Ma mère m’a déjà dit quelque chose du genre. Votre père aussi, à quelques mots près. Bref, on le sait tous; quand on se plante, il faut se rele­ver et reten­ter sa chance. Dans le cas contraire, c’est aigri qu’on se ber­cera sur notre per­ron à ava­ler de grosse gor­gées de “si j’avais”. Dans le fabu­leux dating world, il en est de même. Après les décep­tions, après s’être fait cou­per le cor­don du coeur à grand coups de cou­teau à beurre (c’est plus long, mais ça fait plus mal), après être passé de l’état phy­sique à l’état poudre pour bébé, on fini par se rele­ver, retrous­ser ses manches, se mettre cute et aller de l’avant.

Le pro­blème, c’est qu’après avoir vécu semaines, mois, voire années avec le coeur bran­ché sur le res­pi­ra­teur (une peine d’amour, ça ramasse, t’sais), on est plus méfiant (i.e on a la chienne de notre vie). C’est alors que, sans en être plei­ne­ment conscient, on maga­sine les méca­nismes de défenses, on s’approvisionne au Costco. Puis, on prend sa clô­ture en béton armé cou­verte de bar­be­lés, munie d’un dis­po­si­tif de mines anti-personnelles, asper­gée de chasse-bibittes, dont l’entrée est gar­dée par deux gros dudes qui, visi­ble­ment, ont fait la guerre, et qui est pro­té­gée par un code dont la com­bi­nai­son numé­rique change aléa­toi­re­ment aux six jours, et on la plante à une dis­tance d’au moins trois kilo­mètres de son coeur, ques­tion d’avoir une marge de manoeuvre. En tout cas, moi, c’est exac­te­ment ce que j’ai l’impression d’avoir fait.

Et ce n’est pas tout.

Parce que s’il y a un pré­ten­dant qui, par je ne sais quel moyen, réussi à ne pas prendre ses jambes à son cou pour aller répandre la Bonne Nou­velle que les dudettes sont toutes de saprés cin­glées, on a un coffre plein à cra­quer d’excuses, de oui mais et de yish qui l’attend. Il se fera flu­shé pour des rai­sons ultra valables telles: Il uti­lise tel mot. Il passe tel com­men­taire. Il remonte le col de son ves­ton. Il a voté pour le NPD. Il aime les langues de porc.

Et ce n’est pas encore fini.

Après la clô­ture, le bar­belé, les mines, le chasse-bibitte, les dudes de l’armée, le code secret et le coffre à rai­sons bidons, celui qui se tien­dra encore debout appa­raî­tra alors comme un débile pro­fond. Qui, QUI, peut res­ter sain d’esprit après tout ça ? Qui osera le “je t’aime” ? Le “mon amour” ? Le “t’es belle en sacrament”? Un taré. Point.

En fait, c’est ce qu’on se dit. Et on refuse d’y croire. Parce que c’est tel­le­ment bon que ça fait mal. Parce qu’on a le genou qui ramolli alors qu’on s’entraîne à le gar­der raide. Parce que si on baisse sa garde, on va peut-être goû­ter au bon­heur d’être à deux et qu’une fois qu’on l’a dans la bouche, il est trop dif­fi­cile de se dépar­tir de sa saveur. Parce que si on laisse l’autre entrer, on pense qu’on s’abandonne un peu, qu’on va s’oublier. Les efforts déployés pour être forte et fière étaient trop drai­nant pour qu’on se laisse aller aussi facilement.

À toi, à qui je viens de cla­quer la porte à grands coups de “tu me dis n’importe quoi”, par­donne moi.

À l’homme de ma vie, c’est bien que tu prennes le temps de te grayer d’une armure pis toute avant de te pré­sen­ter, parce que je pense que tu vas en avoir besoin.

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27th May2011

Futur simple

by Nancy

Le plus dif­fi­cile dans l’histoire, ce n’est pas la peine d’avoir perdu ce qu’on avait, c’est le deuil du futur, des pro­jets, des rêves.

C’est de savoir que le jour où je lan­ce­rai mon pre­mier livre (dans un monde idéal, cette année !), tu ne seras pas là. C’est de savoir que je n’irai pas te qué­rir à l’aéroport quand tu revien­dras de ton voyage de fou au bout du monde à mon­ter une GROSSE mon­tagne avant de deve­nir un vieux crou­ton. C’est, de ne pas argu­men­ter sur lequel de mes frères ou du tien sera le par­rain de notre pre­mier bébé, le tien est plus vieux, mais un des miens est net­te­ment plus grand ! C’est de ne pas dan­ser dans la cui­sine. C’est de ne pas aller en Corse cet été, avec toi du moins. C’est de ne pas te plan­ter au Scrabble, mais genre, big time. C’est de ne pas te voir au fil d’arrivée quand je vais cou­rir le demi-marathon en sep­tembre, parce que, your hot piece of ass ter­mi­ne­rait défi­ni­ti­ve­ment le mara­thon com­plet avant que j’aie ter­miné la moi­tié ! C’est de ne pas s’obstiner sur la cou­leur de notre nou­veau salon. C’est de ne pas visi­ter le Por­tu­gal. C’est de ne pas te prendre dans mes bras et de te regar­der dans les yeux juste avant de quit­ter la mai­son pour le bou­lot. C’est de ne pas assis­ter au 30e anni­ver­saire de mariage de tes parents (by the way, mes talents artis­tiques de confec­tion­neuse de carte rocke­raient, encore une fois). C’est de ne pas te cou­per les che­veux pen­dant que tu es très incon­for­ta­ble­ment accroupi dans le bain. C’est de ne pas être pho­to­gra­phiée avec toi sur mes cli­chés du Pérou. C’est de ne pas sif­fler pen­dant que je fais à déjeu­ner, de ne pas sen­tir tes bras autour de ma taille, l’odeur der­rière ton oreille. C’est de ne pas pou­voir te racon­ter ma jour­née. C’est de ne pas pou­voir faire un “chin” de cuillères avant de man­ger nos bols de céréales d’avant-dodo. C’est de ne pas rire de tes niai­se­ries. Et encore. Bref.

C’est sur­tout d’être main­te­nant la meilleure ver­sion de moi-même, d’être intense dans mes pro­jets, d’être pleine d’énergie, de vivre chaque jour avec l’envie de me bour­rer la face de beaux moments, de les créer, de les entre­te­nir, de les faire gran­dir et de te voir, à côté, tout près, à por­tée de main, suivre ta route sans me don­ner la chance de te mon­trer que ma ver­sion non-dépressive est net­te­ment cool et vaut la peine.

C’est aussi d’être mise à l’écart, d’être la rai­son du malaise, d’être celle qu’on rejette sans le vou­loir, celle qui prend sur elle-même et qui écoute les his­toires de ces soi­rées où elle n’était pas. C’est d’être celle dont l’univers a bas­culé alors que le tien est encore en équi­libre. C’est la colère que ça cause mal­gré moi.

C’est de ne pas pou­voir te dire que mal­gré tout, je sais que je suis une meilleure per­sonne, que je suis plus forte et plus fière. Que c’est un peu grâce à toi parce que, alors que j’avais les yeux fer­més et que je m’empêchais de vivre, tu croyais en moi.

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27th May2011

Lucille in the sky with diamonds

by Nancy


Masha cou­rait dans l’aéroport de Londres comme si elle s’entrainait pour une course quel­conque. Elle n’allait pas man­quer son vol, elle n’avait pas de vil. Elle n’était pas en retard pour l’accueil d’un voya­geur, elle ne connais­sait per­sonne qui voya­geait. Bon, elle en connais­sait, mais per­sonne ne voya­geait en ce moment même. Ils voya­geait peut-être, à vélo, en voi­ture, mais pas en avion. Et de toute façon, elle ne venait cher­cher personne.

Masha aimait cou­rir dans l’aéroport. Selon elle, il n’y avait pas de plus bel endroit qu’un aéro­port. Si elle cou­rait dans toutes les direc­tions, c’est qu’elle vou­lait en man­quer le moins pos­sible. Les aure­voirs, les bon­jours, les sou­rires, les yeux mouillés, les étreintes… Elle vou­lait absor­ber le plus d’images d’amour pos­sible. Alors, elle courait.

Au car­rou­sel de bag­gages des arri­vées inter­na­tio­nales, Masha cherche des yeux les moments magiques. Des acco­lades, des bisous, des gens d’affaires très très sérieux qui ont déjà le cel­lu­laire à l’oreille. Elle admire et sou­rit, jusqu’à ce que le der­nier soit parti.

Assise sur ses valises, les mains recueillant son visant enfouie, Lucille se tape une crise d’anxiété. Son coeur fait du bun­gee dans sa poi­trine, ce qui ne lui occa­sionne aucun sen­ti­ment agréable. Elle est là, seule, à Londres, avec ses deux valises, seules, sans amis, sans emploi, seule, sans mai­son, seule, sans rien du tout, sauf un reste de muf­fin aux carottes dont le glaça est tout collé sur le papier cirée. C’est la poisse.

L’oeil gauche sur Lucille, Masha place son autre globe occu­laire en mode “détec­tion de connais­sances” afin de se per­sua­der elle-même que la pauvre dame assise sur ses valises, dame dont la teinte capil­laire est dou­teuse, n’est pas com­plè­te­ment seule et aban­don­née dans un aéro­port. Mais 45 minutes plus tard, elle doit se rendre à l’évidence et aussi repo­ser son oeil droit qui com­mence à s’emplir d’acide lac­tique. La femme aux che­veux cou­leur “Ber­trand Ray­mond” est bel et bien seule. Seule dans un ter­mi­nal. Allons si c’est triste.

Relayant la couse aux oubliettes, Masha s’avance à pas de tor­tue vers Lucille qui semble s’être trans­for­mée en sta­tut de cire. Arri­vée à sa hau­teur, elle lui touche dou­ce­ment l’épaule.

“Can I help you miss ?

Canne you olde dis, répond la repen­ti­gnienne lui ten­dant 67g de Bub­bli­cious fushia.

- Dear ! What is that ?

Maille harte, madame.

- Well, I can take care of it for a while, but you will have to get back to it eventually.

Aille no.”

De la poche de son grand par-dessus marine, Masha sort un petit pot Mas­son, ouvre le cou­vercle et place le 67g  rose dedans avant de le scel­ler sous-vide.

“Now, your heart can’t be hurt again. I’m Masha, bye the way.

Aille hamme Lucille. Aille hamme fromme Repen­ti­gny.

- For­get about where you’re from. At least for now.”

Masha remet le pot Mas­on dans sa poche, prend la main de Lucille et la regarde d’un regard qui se veut ras­su­rant. Puis, sans crier gare, ciseaux ou quel­conque mot qu’on pour­rait crier, elles se mettent à courir.

 

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27th May2011

Que se passe-t-il Lucille ?

by Nancy

Quand Lucille s’installe dans le siège 14C du vol en direc­tion de Londres, c’était avec la vive convic­tion qu’elle ne remet­tra plus jamais les pieds à Repen­ti­gny, ville qui a vu vivre et mou­rir ses plus grands rêves. Adieu le bun­ga­low, la pis­cine hors-terre, Maya, le chien sau­cisse, et le bon voi­si­nage. Adieu Luc. Adieu le pavé uni.

Lucille et Luc, petit couple par­fait, mariés alors qu’ils étaient encore tout chauds de leurs diplômes uni­ver­si­taires. Bons bou­lots. Revenu fami­lial de plus de 100 000$. Semaines de vacances pas­sées dans le sud. Abon­nés au Club de golf. Voi­tures propres. Odeur de cuir. Pho­tos pro­fes­sion­nelles accro­chées sur le mur qui bord de l’escalier qui mène à l’étage. Lit King. Tapis qui s’écrase quand on marche des­sus. Le gros bonheur.

Il faut bien être fou pour quit­ter ce confort repen­ti­gnais pour Londres, ville plu­vieuse où on conduit du mau­vais bord. C’est bien comme ça qu’elle se sen­tait, la Lucille à son Luc: comme une folle.

L’avion décolle et Lucille rumine sa Bub­bli­cious au melon d’eau pour libéré la pres­sion de ses oreilles. Son voi­sin de droite semble un peu mor­ti­fié par le manque de grâce et sur­tout, par le bruit rebu­tant pro­duit par la bouche de Lucille. Mais notre héroïne n’y porte pas atten­tion. Il faut ce qu’il faut dans la vie, et mâcher exa­gé­ré­ment est pré­sen­te­ment ce qu’il faut pour ne pas res­sen­tir de dou­leurs. Cou­ra­geuse Lucille.

Pen­dant que le vol sur­vole l’Alaska (ou Alma, elle n’a jamais été très forte en géo­gra­phie), Lucille sort de son sac de voyage de taille régle­men­taire, un car­net et un stylo. Après s’être ins­tal­lée confor­ta­ble­ment, du Nicola Chic­cone dans les oreilles pour ins­pi­rer son récit, elle planche sur le papier vierge les pre­miers mots de ce qui sera son jour­nal de bord.

Jan­vier 2010, départ

Je suis à bord du vol qui me mènera vers ma nou­velle rési­dence: Londres. Tout ce qui m’est arrivé avant mon embar­que­ment dans cet avion s’efface pré­sen­te­ment de ma mémoire. Je ne suis plus la Lucille de Repen­ti­gny. Je suis Lucille. C’est tout. Et je trouve que l’air est un peu sec dans cet avion.

Exté­nuée, elle s’enfourne deux Béna­dryls et prie pour dor­mir le plus rapi­de­ment pos­sible. Chose qui lui est impos­sible depuis les der­nières 247 heures. Chaque fois que le som­meil lui tend les bras pour l’accueillir cha­leu­reu­se­ment, les événe­ments qui ont pré­ci­pité son départ lui reviennent sur grand écran et elle ne peut s’empêcher d’en cher­cher la cause, de fouiller ses sou­ve­nirs pour en faire res­sor­tir la faille. En vain.

Les Béna­dryls font effet, mais le cer­veau de Lucille, comme pré-programmé, lui pré­sente en HD un long métrage de déjà-vus. Dans son som­meil sur-atlantique, Lucille est para­chû­tée dans la nuit du 31 décembre et 1er jan­vier, au trans­fert d’année, moment char­nière dans l’existence de la femme. Tout sem­blait y aller selon le pro­gramme, les matantes étaient cou­vertes de paillettes et les mononcles sirot­taient leur porto en fumant leurs cigares dans le garage (endroit préa­la­ble­ment ammé­nagé pour les fumeurs. Lucille est une bonne hôte). La musique se fau­fi­lait à tra­vers les conver­sa­tions et les pâtés de foie. Un vrai bon réveillon.

Le décompte allait s’ammorcer, c’était une ques­tion de secondes. Lucille était en charge de débou­cher le cham­pagne et de s’arranger pour en mettre par­tout. Sinon, les matantes ne pour­raient pas pous­ser de petits cris aigüs et les mononcles devraient s’abstenir de pas­ser des com­men­taires érotiques sur les talents de Lucille à faire gicler le liquide. Il faut ce qu’il faut.

Lucille s’empare de la bou­teille. 10. Gosse avec le papier d’aluminium. 9. Se bât avec le petit bidule twisté en métal. 8. 7. 6. Com­mence à sou­le­ver légè­re­ment le bou­chon. 5. POW!

4. Le bou­chon va se fra­cas­ser sur le pla­fond.
3. Le liquide se répand au sol.
2. Les regards des invi­tés fusillent Lucille.
1. Lucille échappe la bou­teille au sol.
0. Au lieu du “Bonne année” tra­di­tion­nel, Luc lui envoie un “Je demande le divorce” en s’époumonnant.

Lucille se réveille en sur­saut, en sueur, dans l’avion. Elle appuie sur le bou­ton qui fait que l’agente de bord vient la voir. Elle ne va pas bien. Elle panique. Les événe­ments tournent dans sa tête.

Mal­gré la gen­tillesse de l’agente et la fraî­cheur de la ser­viette qui lui est dépo­sée sur la nuque, Lucille est en état de choc et cherche déses­pé­ré­ment à com­prendre pour­quoi diantre elle a ainsi gâché sa vie, telle une inca­pable qui ne sait pas syn­chro­ni­ser ses mou­ve­ments avec un chro­no­mètre inversé.

Le com­man­dant annonce le début de la des­cente. Londres est à quelques mil­liers de kilo­mètres. En redres­sant son siège, ran­geant son appa­reil élec­tro­nique et repla­çant la tablette devant elle, Lucille prie pour qu’elle s’abstienne de faire une aussi grande faute dans sa nou­velle vie.

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27th May2011

L’enveloppe

by Nancy

Aman­dine aime bien rece­voir du cour­rier qui n’est pas pré-affranchi et dont l’enveloppe ne porte pas les cou­leurs d’une entre­prise quel­conque. Elle aime encore mieux le contenu de ces enve­loppes en autant qu’elles ne contiennent pas un faux prêt de 5000$ ou une offre de carte de cré­dit à taux d’intérêt si bas qu’il est impos­sible de s’en pas­ser. En revanche, elle n’arrive pas à déter­mi­ner si elle aime ou nonl’enveloppe qui repose sur la table, devant elle, seule à côté de la pile cou­leur papier kraft qui jubile déjà des sommes qu’elle s’apprête à sou­ti­rée à Amandine.

L’enveloppe mys­té­rieuse  n’affiche aucune adresse de retour et on peut dif­fi­ci­le­ment déchif­frer sa  pro­ve­nance puisque l’étampe de la poste semble avoir glissé sur le papier crème. Cepen­dant, l’écriture ner­veuse, pen­chée vers la gauche même si elle pro­vient d’une main droite (aucun frot­te­ment d’encre typi­que­ment gau­cher n’est appa­rent), vient tirer sur cer­tains sou­ve­nirs d’Amandine, sou­ve­nirs qui sont bien ran­gés dans une petite boîte scel­lée et dont la réou­ver­ture est for­te­ment déconseillée.

Assise à sa table, le pied gauche sous les fesses, le pied droit qui se balan­cet, elle déca­chette l’enveloppe en ten­tant de res­pi­rer cal­me­ment. Elle déplie le feuille qui s’y cache, ferme les yeux et se dit en les ré-ouvrant qu’elle doit lire tous les mots qui y sont écrits et non sau­ter direc­te­ment à la fin pour y lire la signature.

Il m’arrive, par­fois, d’avoir la pen­sée folle que nous exis­tons, dans une sorte d’univers paral­lèle; un endroit qui nous est offert à un moment pré­cis de notre vie, une seconde déci­sive qui fait que l’on va à gauche, ou à droite. J’imagine que pré­sen­te­ment, nous vivons nos vies à gauche, toi là-bas et moi ici mais, qu’à droite, nous vivons com­plè­te­ment autre chose, suite à la déci­sion prise lors de la seconde charnière.

À droite, je suis tou­jours bon enfant, heu­reux et jovial et j’appelle ma mère régu­liè­re­ment. Je mange mes légumes verts et je bois moins de bière, je passe l’aspirateur dans les craques du divan et je ne laisse pas traî­ner mes bas. Je suis capable d’entretenir une conver­sa­tion de plus de 5 minutes sans par­ler de tem­pé­ra­ture, de hausse de tarif ou de hockey et je lis, des fois, autre chose que des der­rière de boîtes de céréales.

Mis à part ces bonnes habi­tudes de vie, il y a autre chose qui me plaît dans cette vie paral­lèle. Dans cette vie paral­lèle, tu es là, tout sou­rire. Puisque c’est dans ma tête, tu es très sou­vent dans la lumière du jour et très sou­vent les épaules nues (ok, tu es sou­vent nue, mais ce n’est pas mon point). Tu ries comme une enfant. Tu es belle, comme dans mon sou­ve­nir et j’ai les mains moites juste à y penser.

Mon moment favori, c’est quand je te vois dans cette grosse chaise tres­sée, accro­chée au pla­fond, tenir dans tes bras un mini-humain qui a tes yeux. Il n’a pas de che­veux, pas de dents mais tu le regardes comme si c’était un chef-d’oeuvre.

À droite, on réussi encore à s’aimer mal­gré mes cris et les assiettes que tu as lancé par la fenêtre (assiettes qui ont assom­més le chien du voi­sin, mais je ne te l’ai jamais dit). Je ne t’ai pas regardé par­tir et je ne me suis pas réfu­gié dans l’entre-jambe d’une dou­zaine de filles.

J’aime ma vie à gauche. Pour vrai. Mais aujourd’hui, hier, et avant-hier, sans rai­son, j’ai juste envie d’être à droite.

Aman­dine laisse la lettre gésir sur la table avant d’enfiler une série d’action exces­si­ve­ment cli­chées: elle s’assoit dans son sofa, un pot deHäagen-Dazs au cho­co­lat à la main, une cuillère dans l’autre et s’enfile la pre­mière série de Sex and the City en se maga­si­nant des chaus­sures sur Internet.

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27th May2011

La baise

by Nancy

Assise dans une grosse chaise grise, l’aiguille dans le cathé­ter, la chi­mio dans le tube, Nel­lie débite des phrases en omet­tant quelques ponc­tua­tions. Elle parle parce qu’elle n’a jamais parlé; elle parle pour qu’une oreille entende. Si elle a à mou­rir, elle n’emportera pas tous ces secrets avec elle, y’en a marre de traî­ner des bou­lets à ses che­villes. Si c’est la vie qui l’attend, elle refuse de s’empêcher d’en pro­fi­ter pour des his­toires non ter­mi­nées. Alors elle parle. Elle débite des phrases afin que le can­cer lui sorte par la bouche.

«  Contrai­re­ment à ce qui est en train de vous pas­ser par la tête, la baise avec Jules n’a jamais été fan­tas­tique, jusqu’à deve­nir rare. En pra­ti­que­ment 2 ans, aucun orgasme. Niet. Nul. Néant. Ou tout autre mot com­men­çant par la lettre « N » et qui signi­fie iNexistant.

Comme un bon nombre de filles (je pour­rais cher­cher les sta­tis­tiques mais, sérieux, je n’en ai pas envie), j’ai déjà simulé l’orgasme. Je n’ai pas ébruité mon cas, mais je ne connais per­sonne qui ait faker pen­dant tout ce temps. Ceux qui l’ont fait, levez la main…

La baise. Une baise de fille qui ne connaît pas son corps, qui n’aime pas son corps, qui ne sait pas jouir, qui ne veut pas trop. Une baise de fille de 17 ans qui a vécu sa pre­mière rela­tion sexuelle quelques mois au paravent avec un connard qui n’a même pas été foutu de lui pro­posé le mis­sion­naire comme pro­logue à sa vie sexuelle.

Baise pas malade avec un corps de dieu dans mon lit. Déceptions.

Jules ne m’a jamais fait jouir, ou je n’ai jamais jouie avec Jules. Peut importe le sens qu’on lui donne, le résul­tat est le même.

Je voyais la baise comme un moment de consé­cra­tion. En fait, avec Jules, je n’ai jamais baisé, je fai­sais l’amour. L’AMOUR. Avec les vio­lons pis toute. Et on se demande pour­quoi je n’avais pas de fun. Chaque mou­ve­ment se rap­pro­chait d’une vie de couple de matante. Pas trop de folies, pas d’innovations, pas de gros trip. À la limite du devoir conjugal.

Il y a bien eu des moments de plai­sir, de cha­leur, d’humidité… Dans les beaux débuts, on se réveillait la nuit, simul­ta­né­ment, comme si on par­ta­geait le même corps. Et là, sans un bruit, sans une parole, dou­ce­ment, on s’aimait. À peine une res­pi­ra­tion. Deux corps som­nam­bules. Puis on s’endormait, sans une parole, dou­ce­ment. On s’aimait.

Quelques fris­sons. Mais aucune extase. Mon pre­mier orgasme m’a été donné par un col­lègue du cégep qui, avec sa sta­ture sque­let­tique, a réussi à me faire venir grâce à son os pubien pro­émi­nent qui a su sti­mu­ler mon cli­to­ris. Ce gars était tel­le­ment maigre que je me retrou­vais avec des bleus entre les cuisses après chaque épisode.

J’ai tou­jours été attiré par les gars bien bâtis. Main­te­nant, je connais les avan­tages des mai­gri­chons. Tu pèses com­bien? 110 livres? MMmmm!

Quand on le vit pour la pre­mière fois, la vie com­mence… C’est ÇA le sexe… Encore! Come on! Ensuite, on se ren­contre que ce gars qu’on n’aime pas, qui vous a encore endo­lo­ris les adduc­teurs, vient de vous don­ner la réponse à la ques­tion que vous vous poser : oui, le sexe, c’est bon. Et, comme un deux par quatre qui vous arrive dans le front à 90km/h, la pen­sée fati­dique sur­git : pour­quoi jamais avec Jules?

Com­ment voulez-vous qu’une fille, nor­ma­le­ment consti­tuée et donc, qui aime les beaux gosses et le sexe, ne pensent pas avoir vécu son his­toire qu’à demie : j’avais le beau gosse… je veux le sexe.

Avec lui, j’ai le fan­tasme du sexe par­fait, de la baise idéale. Une heure de pur plai­sir, de regards, de sueurs, de caresses (de caresses, par de petits frô­le­ments sans vie). Une heure de « Estik que t’es belle », de beaux culs, de mou­ve­ments coor­don­nés. Le tout conclu par une apo­théose simul­ta­née, d’un éclat de rire, d’une claque sur une fesse et d’un sand­wich au jam­bon. Du soleil dans les yeux, du prin­temps dans les che­veux. «  Mmmm… le sexe c’est bon, voyez?!  Mou­tarde ou mayonnaise?» ».

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27th May2011

La fois où j’étais un soldat en mission

by Nancy

Décembre 2008: date de tom­bée du diag­nos­tique. Dépres­sion majeure. Médi­ca­tion. Thé­ra­pie. Suivi en psy­chia­trie. Perte de ma libido et d’intérêt géné­ral pour tout ce qui me défi­nis­sait jusqu’alors.

Deux ans plus tard, à un jour près, me voilà qui touche à la gué­ri­son com­plète du bout des doigts. Après des mois sur le neutre, à faire du sur­place, j’ai com­pris ce qui me man­quait pour fran­chir la ligne d’arrivée. Un peu de cou­rage pour assu­mer qui je suis vraiment.

J’ai une per­son­na­lité intense, pas de demi-mesure, c’est soit ultra-joyeux ou ultra-triste. Rien de moyen. Rien d’ordinaire. Rien de médium. Le Ciel ou l’Enfer. Je suis la fille qui fait un aller-retour Montréal-Québec pour faire un bon­homme de neige sur les Plaines. Je suis la fille qui mets du colo­rant ali­men­taire dans le beurre pour le rendre rose quand elle reçoit pour la St-Valentin. Je suis la fille qui fabrique des pou­pées à l’effigie de ses employés pour les récom­pen­ser du tra­vail accompli.

Depuis la der­nière année, je suis la fille qui a peur.

En ayant une per­son­na­lité comme la mienne, on met beau­coup d’énergie dans des choses qui semblent insi­gni­fiantes. On vit nos émotions à s’en rendre malade, on pleure à avoir le hoquet pen­dant des heures, on rit à en perdre la voix. En ayant une per­son­na­lité comme la mienne, il y a tou­jours une idée qui nous trotte dans la tête, on a tou­jours envie d’en faire plus, on aime faire plai­sir et sur­prendre. Mais quand ça ne va pas, ça devient rapi­de­ment dra­ma­tique, digne d’un mau­vais scé­na­rio, avec les vio­lons, les boîtes de Klee­nex, les com­men­taires imper­ti­nents et les actions discutables.

Avec la mala­die, j’ai tou­ché un fond plus pro­fond que je ne croyais pos­sible de tou­cher. J’ai eu mal à ma vie pen­dant des mois, à me deman­der ce que je fai­sais ici (sur la Terre, je veux dire) et à me fla­gel­ler à coups de “j’suis bonne à rien” et “rien ne vaut la peine”. Pen­dant des mois, chaque seconde a été un com­bat pour sur­vivre, pour ne pas me lais­ser abattre et enve­lop­per par la noir­ceur. Ces mois ont été les plus longs, les plus dif­fi­ciles et les plus béné­fiques de ma courte vie.

Puis, j’ai vu la lumière. J’ai retrouvé mon sou­rire, une par­tie de mon enthou­siasme, une par­tie de mon éner­gie, une par­tie de moi. Sans le savoir, j’allais res­ter dans cet état pen­dant une longue année encore. Jusqu’à aujourd’hui.

Ce sont les mots d’un ami, lu lors d’un échange de cour­riel qui ont éveillés ma mémoire endormie.

“Te sens-tu aussi pim­pante qu’autrefois? J’veux dire, je me sou­viens de t’avoir parlé chez les parents de Bla­bla une fois. Tu avais plein de pro­jets. Voyage ici, tra­vailler là. Vivre plein d’aventures. Tu avais l’air enjouée, pleine de vie. Tu vou­lais faire quelque chose de tes 10 doigts et tu y tenais mordicus.”

Dou­ce­ment, je me suis revue, plus de deux ans plus tôt, avoir cette conver­sa­tion. J’ai revu ma folie, mes éclats de rire, mon dyna­misme, mon éner­gie. J’ai revu la pas­sion qui régis­sait pas mal tout, de l’ingurgitation d’une toast au beurre de pea­nut à mon entê­te­ment de faire 156 choses à la fois. Je me suis vu et j’ai eu envie d’être moi à nou­veau. Je me suis vu et j’ai su que j’aimais ce que j’étais.

Lors de la der­nière année, je me suis refu­sée beau­coup de choses et j’en ai refusé encore plus aux gens que j’aime à cause de la peur dans laquelle je m’enveloppais pour me pro­té­ger. J’avais peur d’avoir mal, peur d’avoir de la peine, peur de vivre une émotion trop grande, peur de déce­voir, peur d’être déçue. J’avais peur de vivre. J’avais peur de moi.

Toutes la bar­rières pos­sibles ont été érigées: la confron­ta­tion, l’abstinence, l’isolement, les excuses, les insultes, les secrets. Quand on est au neutre, on ne vit pas de grands bon­heurs, mais on ne vit pas de grands mal­heurs non plus. On s’enveloppe dans un cocon beige et vide que per­sonne ne peut atteindre. On se sécu­rise en ali­men­tant ses peurs et on for­ti­fie ses bar­rières. Fina­le­ment, on passe à côté de sa vie. Pen­dant un an, j’ai rêvé ma vie plu­tôt que de la vivre.

J’ai encore peur. En choi­sis­sant d’être moi-même et de rede­ve­nir qui je suis, j’accepte aussi que, pour le reste de ma vie, je vais devoir apprendre à gérer et à com­prendre où est la ligne entre être moi-même et frô­ler la rechute. Je vais devoir être moi sans pous­ser la machine à en perdre la tête. Aujourd’hui, j’ai com­pris qui j’étais et quand je me suis regar­dée dans le miroir, je me suis recon­nue. Aujourd’hui, j’ai pris une jour­née sans bou­lot, sans ami(e)s, sans res­pon­sa­bi­lité pour pas­ser la jour­née avec moi-même, la fille que je n’ai pas vu depuis deux ans. Je me suis regar­dée dans les yeux et je me suis pro­mis de ne plus jamais me lais­ser partir.

 

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