by Nancy
Décembre 2008: date de tombée du diagnostique. Dépression majeure. Médication. Thérapie. Suivi en psychiatrie. Perte de ma libido et d’intérêt général pour tout ce qui me définissait jusqu’alors.
Deux ans plus tard, à un jour près, me voilà qui touche à la guérison complète du bout des doigts. Après des mois sur le neutre, à faire du surplace, j’ai compris ce qui me manquait pour franchir la ligne d’arrivée. Un peu de courage pour assumer qui je suis vraiment.
J’ai une personnalité intense, pas de demi-mesure, c’est soit ultra-joyeux ou ultra-triste. Rien de moyen. Rien d’ordinaire. Rien de médium. Le Ciel ou l’Enfer. Je suis la fille qui fait un aller-retour Montréal-Québec pour faire un bonhomme de neige sur les Plaines. Je suis la fille qui mets du colorant alimentaire dans le beurre pour le rendre rose quand elle reçoit pour la St-Valentin. Je suis la fille qui fabrique des poupées à l’effigie de ses employés pour les récompenser du travail accompli.
Depuis la dernière année, je suis la fille qui a peur.
En ayant une personnalité comme la mienne, on met beaucoup d’énergie dans des choses qui semblent insignifiantes. On vit nos émotions à s’en rendre malade, on pleure à avoir le hoquet pendant des heures, on rit à en perdre la voix. En ayant une personnalité comme la mienne, il y a toujours une idée qui nous trotte dans la tête, on a toujours envie d’en faire plus, on aime faire plaisir et surprendre. Mais quand ça ne va pas, ça devient rapidement dramatique, digne d’un mauvais scénario, avec les violons, les boîtes de Kleenex, les commentaires impertinents et les actions discutables.
Avec la maladie, j’ai touché un fond plus profond que je ne croyais possible de toucher. J’ai eu mal à ma vie pendant des mois, à me demander ce que je faisais ici (sur la Terre, je veux dire) et à me flageller à coups de “j’suis bonne à rien” et “rien ne vaut la peine”. Pendant des mois, chaque seconde a été un combat pour survivre, pour ne pas me laisser abattre et envelopper par la noirceur. Ces mois ont été les plus longs, les plus difficiles et les plus bénéfiques de ma courte vie.
Puis, j’ai vu la lumière. J’ai retrouvé mon sourire, une partie de mon enthousiasme, une partie de mon énergie, une partie de moi. Sans le savoir, j’allais rester dans cet état pendant une longue année encore. Jusqu’à aujourd’hui.
Ce sont les mots d’un ami, lu lors d’un échange de courriel qui ont éveillés ma mémoire endormie.
“Te sens-tu aussi pimpante qu’autrefois? J’veux dire, je me souviens de t’avoir parlé chez les parents de Blabla une fois. Tu avais plein de projets. Voyage ici, travailler là. Vivre plein d’aventures. Tu avais l’air enjouée, pleine de vie. Tu voulais faire quelque chose de tes 10 doigts et tu y tenais mordicus.”
Doucement, je me suis revue, plus de deux ans plus tôt, avoir cette conversation. J’ai revu ma folie, mes éclats de rire, mon dynamisme, mon énergie. J’ai revu la passion qui régissait pas mal tout, de l’ingurgitation d’une toast au beurre de peanut à mon entêtement de faire 156 choses à la fois. Je me suis vu et j’ai eu envie d’être moi à nouveau. Je me suis vu et j’ai su que j’aimais ce que j’étais.
Lors de la dernière année, je me suis refusée beaucoup de choses et j’en ai refusé encore plus aux gens que j’aime à cause de la peur dans laquelle je m’enveloppais pour me protéger. J’avais peur d’avoir mal, peur d’avoir de la peine, peur de vivre une émotion trop grande, peur de décevoir, peur d’être déçue. J’avais peur de vivre. J’avais peur de moi.
Toutes la barrières possibles ont été érigées: la confrontation, l’abstinence, l’isolement, les excuses, les insultes, les secrets. Quand on est au neutre, on ne vit pas de grands bonheurs, mais on ne vit pas de grands malheurs non plus. On s’enveloppe dans un cocon beige et vide que personne ne peut atteindre. On se sécurise en alimentant ses peurs et on fortifie ses barrières. Finalement, on passe à côté de sa vie. Pendant un an, j’ai rêvé ma vie plutôt que de la vivre.
J’ai encore peur. En choisissant d’être moi-même et de redevenir qui je suis, j’accepte aussi que, pour le reste de ma vie, je vais devoir apprendre à gérer et à comprendre où est la ligne entre être moi-même et frôler la rechute. Je vais devoir être moi sans pousser la machine à en perdre la tête. Aujourd’hui, j’ai compris qui j’étais et quand je me suis regardée dans le miroir, je me suis reconnue. Aujourd’hui, j’ai pris une journée sans boulot, sans ami(e)s, sans responsabilité pour passer la journée avec moi-même, la fille que je n’ai pas vu depuis deux ans. Je me suis regardée dans les yeux et je me suis promis de ne plus jamais me laisser partir.